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Béatrice
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Béatrice s'occupe actuellement d'enfants malades du Sida au Pérou. Elle nous livre ici un témoignage poignant.
 

Deux petits enfants sont dernièrement arrivés au centre. Le premier a 18 mois et le deuxième, 4 ans. Leur mère, Emma, enceinte de 7 mois et séropositive devait subir une hospitalisation. Etant totalement seule, sans famille, sans amis, elle ne savait pas quoi faire des enfants. Apres avoir envisagé un foyer, ce qui nous paraissait au père, responsable du centre et à moi totalement inhumain, je les ai donc ramenés a la maison. Les enfants n’avaient pas mangé depuis 2 jours et étaient très sales. En fait en guise de maison, ils vivent dans une cave sans eau, sans électricité, sans toilette. Ils dorment à trois, la maman et les 2 petits sur un même matelas que nous leurs avons donnés il y a peu de temps. Tout ce qu’elle avait ou qu’elle a, elle le vend pour pouvoir manger : le lit, les jouets des enfants, ses vêtements, ses meubles tout y passe. Ce qui fait que maintenant, elle n’a plus rien. Bref, nous avons récupéré les enfants : Alex avait un comportement d’autiste (aucune communication avec son entourage, ne parlait pas, n’exprimait aucuns désirs, pas même celui de manger ) et Christian nous disait que sa mère le battait et était lui-même très agressif (il nous frappait ou bien se mettait à hurler et à pleurer pour un rien). Séverine, la coopérante avec qui je suis en mission et moi, d’accord sur ce que nous voulions donner à ces enfants pendant leur séjour (qui fut de 15 jours) avons décidé de nous en occuper complétement pendant les 15 jours de leur séjour chez nous.



Et tout s’est merveilleusement déroulé, le Signeur a fait des miracles. Alex a marché sur l’herbe pour la première fois, il boit et mange maintenant tout seul, rit aux éclats, regarde dans les yeux et n’arrête pas de parler, quant à Christian, il demande des bisous et des câlins, sait se laver les dents, à vu la mer pour la première fois (s’est même mouillé les pieds). Je pourrais vous parler de ces enfants pendant des heures tant il y a à dire. La maman est pauvre certes mais sa plus grande pauvreté est son manque d’affection vis à vis d’elle-même et de ses enfants. Elle-même n’a rien reçu. C’est a peine si elle sait embrasser. Il y a des milliers de mères dans son cas et je ne peux pas les aider mais celle-la oui. Elle est maintenant dans un foyer avec ces 2 petits jusqu'à son accouchement et le foyer est à 2 pas de chez moi. Emma finalement a juste besoin de savoir qu’elle compte pour quelqu’un, qu’elle est aimée.
Il faut que je la présente à notre Seigneur : il n’y a que Lui qui puisse guérir ces blessures et l’aider à porter son fardeau « Venez a moi, vous qui portez un fardeau, venez, vous tous qui peinez et moi je vous soulagerez ». Ce ne sera pas facile mais je ne peux pas la laisser ainsi avec ses petits anges et me laver les mains en me disant, j’ai fait ce que j’ai pu. Ce n’est pas assez. Le Seigneur nous demande plus. Et puis Il me donnera un coup de main alors pourquoi s’inquiéter.
Mais c’est vrai que la présence de ces petits bouts m’a fait beaucoup réfléchir : la pauvreté, l’abandon, l’indifférence. Quel est ma part de responsabilité ? Quel est mon engagement ? Ou se situe la limite entre la charité et l’assistanat ? Le Père me disait un jour que c’est en donnant qu’on apprend à donner. Je crois qu’il a raison. Plus je donnerai, plus mon don sera ciblé et juste. Mais parfois ça coûte. Mais n’est ce pas ça que le Seigneur nous demande ? "

Béatrice
 
 
   
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