Il était une foi à Paray-le-Monial

Article de La Vie, 21 août 2015

Cet été encore, plus de 30 000 personnes* sont passées à Paray-le-Monial. Le P. Bernard Peyrous, recteur des sanctuaires de 2009 à 2014, revient sur 40 ans de session et sur l’histoire de ce sanctuaire confié à la communauté de l’Emmanuel.

Revenons à l’origine de ces sessions de Paray-le-Monial…

Les sessions ont commencé parce que le fondateur de l’Emmanuel, Pierre Goursat – dont le procès de canonisation est en cours (1914-1991) – était très attaché au Coeur de Jésus, une dévotion qui était complètement dévalorisée à cette époque en France et en Europe occidentale. En 1972, le Renouveau charismatique arrive en France et à Paris, Pierre Goursat, qui était un converti, fonde un groupe de prière : ils se retrouvent à cinq et l’année d’après le groupe compte plus de 500 personnes ! Autour de Pierre Goursat et Martine Catta, un rassemblement des catholiques charismatiques français est organisé à Vézelay en 1974. L’année suivante, Pierre décide de refaire un rassemblement autour du Coeur de Jésus et de le faire à Paray-le-Monial ce qui n’était pas vraiment dans l’air du temps. Plus de 400 personnes ont débarqué à Paray, avec l’Emmanuel, et également les Béatitudes et le Chemin Neuf, et il s’est vraiment passé quelque chose ! Il y a eu comme une espèce de « nouvelle vie » de Paray-le-Monial à partir de cette année-là… La même année, un séminaire y était fondé et Mgr Gaidon, arrivé à l’automne comme évêque auxiliaire d’Autun, accueillait le Renouveau.

Qu’est-ce que ces sessions avaient de novateur, de prophétique ?

Ce qu’elles avaient de prophétique, très simplement, c’était la vie ! C’est difficile de dire ça en 2015, mais à cette époque-là, on ne croyait plus vraiment à l’avenir du catholicisme… En 1975, tout fermait, les communautés religieuses disparaissaient à grande allure, les vocations diminuaient de façon verticale… et au milieu de ça, le culte du Cœur de Jésus avait complètement disparu. Le contexte général catholique était un contexte de dissolution. Il y a eu le grand espoir du Concile et tout de suite après la crise.

Un bon souvenir personnel d’une session ?

J’ai rencontré la communauté de l’Emmanuel en 1982 à Paray-le-Monial, alors que je n’étais pas encore rentré au séminaire. J’avais 34 ans à l’époque, j’étais professeur d’histoire. Je n’étais pas du tout dans l’optique du renouveau charismatique, ce n’était pas ma sensibilité. Et j’ai été invité par des amis à passer une semaine à Paray-le-Monial. J’ai trouvé l’ambiance joyeuse, décontractée, même trop ! Cette ambiance m’a paru étrange et je me suis demandé combien de jours je tiendrais, j’avais même emporté dans ma valise un livre critique sur le Renouveau charismatique ! Et j’ai vécu une confession qui a marqué ma vie avec un prêtre qui n’était pas charismatique. Là, j’ai découvert ce que pouvait être la prophétie : une parole de Dieu à travers la bouche d’un homme, une parole qui produit l’effet annoncé et qui change la vie. Sans s’en apercevoir, ce prêtre a changé quelque chose dans ma vie, et pourtant j’étais déjà chrétien, j’allais même entrer au séminaire à l’automne. Et à la fin de la semaine, après un temps de discernement, je me suis dit que cette affaire était sérieuse, qu’un mauvais arbre ne pouvait pas produire de tels fruits ! Et je suis entré de cœur dans le Renouveau charismatique.

Quels sont ces fruits selon vous ?

En tant que prêtre et historien, je peux constater que Paray-le-Monial est un des éléments qui a changé quelque chose dans l’Eglise de France, ça ne paraît pas discutable. Aujourd’hui, on trouve partout en France des gens qui sont passés à Paray-le-Monial. Paray, les foyers de charité, les communuatés nouvelles, Lourdes… font partie des éléments vivants, des sources nouvelles du catholicisme français pour les jeunes notamment. La transmission classique ne s’est pas bien faite et si l’Eglise est toujours bien vivante en France à l’heure actuelle, c’est parce que des événements comme Paray sont intervenus. On le voit au niveau des chants par exemple… Les chants de Paray, qui sont les chants de l’Emmanuel, sont connus et repris partout dans le monde. Et Paray-le-Monial a influencé pour une part les vocations de prêtres et de consacrés en France. C’est toujours un lieu de vie, de naissance, de production, de liturgie – celle de Vatican II -, notamment pour les jeunes (forums des jeunes…).

Quel était le message de Paray en 1975 et quel est-il aujourd’hui ?

Le message de Paray en 1975, c’était : « Dieu vous aime et il est présent dans le monde et dans vos vies ! » Le message est simple, la vie avec Dieu existe et vous pouvez vivre avec lui ; c’est beau et c’est gai ! Paray, c’est un lieu de vie. Vous avez beaucoup de gens qui vivent le christianisme dans des lieux très désolés, ceux qui viennent à Paray en prennent pour une année ! Il y a une présence de Dieu, une joie qui découle d’un Dieu qui est amour, c’est tout le message de Vatican II. C’est aussi celui du Coeur de Jésus relu auparavant par Thérèse de l’Enfant Jésus. Le message est toujours le même, c’est le message du Cœur de Jésus, apparu en 1675 à Sainte Marguerite Marie à Paray : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes ! » Il n’a pas changé depuis quarante ans.

Quel est le public de Paray-le-Monial ?

Il y a 36 publics à Paray-le-Monial ! Même s’il est majoritairement français, c’est un public très international : on compte une trentaine de nationalités représentées à chaque session. C’est un public plutôt jeune, en tout cas plus que la majorité des catholiques, très familial aussi avec des familles de tous les styles du catholicisme, traditionnelles, même traditionnalistes, des convertis – il y a beaucoup de conversions à Paray -, des gens plus éloignés de l’orbite catholique classique et d’autres encore amenés par des amis ou la famille…

Un mot sur la miséricorde avec l’année jubilaire voulue par le pape qui s’ouvrira en décembre ?

Paray est un des grands lieux de la miséricorde dans l’Eglise avec Lourdes, La Salette, Rome… Un lieu où on accueille d’abord. Or la miséricorde commence par l’accueil des gens. Ici, les gens arrivent comme ils sont, on ne leur demande pas de correspondre à des cadres. On leur propose un chemin de vie fraternelle très simple, l’enseignement de l’Eglise et des sacrements, c’est classique, mais tout ça se passe dans une atmosphère d’accueil et de joie. Et l’une des grandes forces de Paray, comme à Lourdes, ce sont les confessions. Les prêtres confessent sans arrêt et dans des petits groupes de partage très fraternels, on prie pour les gens. Même quelqu’un qui ne connaît personne à Paray, qui n’est pas chrétien, peut tout à fait s’y sentir à l’aise et être accueilli. Il y a une atmosphère générale d’accueil et de compassion, au bon sens du mot. Ce qui explique que beaucoup de gens se convertissent, se remettent à pratiquer ou retrouvent le chemin de l’Eglise, c’est très logique !

Paray-le-Monial dans dix ans ?

Ce sera la même chose avec plus de monde et compte tenu des évolutions du monde… La fréquentation augmente chaque année, il n’y a pas de raison que ça ne continue pas.

*1. 26 000 pèlerins se sont inscrits à une session pour cet été 2015 mais de nombreuses personnes passent à Paray pour un ou deux jours sans s’inscrire.

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