Chanter, c’est prier deux fois

 Article sur les trente ans de l’Association nationale des chorales liturgiques paru dans le magazine Pèlerin du 5 novembre 2015, dans lequel est interviewé le Père Alain Dumont, membre de la Communauté de l’Emmanuel, auteur de chants et d’un ouvrage sur la liturgie.

 

De nombreuses chorales se retrouvent à Lourdes, du 7 au 8 novembre, pour fêter les trente ans de l’Association nationale des chorales liturgiques (Ancoli). Un rendez-vous témoignant de la vitalité du chant choral et de sa place dans la vie spirituelle chrétienne.

 

Par Dominique Lang

 

« Une paroisse qui vit est une paroisse qui chante. » Cette conviction, le P. Alain Dumont la partage à qui veut l’entendre, depuis qu’il est arrivé, il y a huit ans, à Givry (Saône-et-Loire). Formé notamment à l’École de la liturgie chorale du dominicain André Gouzes, ce prêtre de la communauté de l’Emmanuel connaît les bienfaits que procure le chant partagé au sein d’une assemblée chrétienne. « En tant que pasteur, avec un peu d’humour, je n’hésite pas à interpeller les fidèles pour les inviter à habiter leurs paroles, leurs gestes, leurs chants. Lorsqu’ils en prennent conscience, cela change tout. » Pas besoin de chorale qui suppléerait à la pauvreté du chant commun, « à l’exception des temps solennels où elle nous aide à chanter un répertoire approprié pour la fête en question.» Résultat ? Les églises de la paroisse Saint-Symphorien en-Côte-Chalonnaise accueillent à nouveau jeunes et vieux, heureux de vivre ces célébrations vivantes.

Chanter ferait donc du bien ? Culture française oblige, l’idée n’est pas partagée par tous, loin s’en faut. Contrairement à d’autres pays européens qui ont gardé des répertoires populaires et chorals. Le P. Dumont le dit avec humour : « Les Français ont indéniablement de grands écrivains. Mais ce sont bien les Allemands qui ont les grands musiciens. Il suffit de penser à Jean-Sébastien Bach et à tant d’autres. »

Mais le problème est souvent personnel : tant de gens ne se donnent pas le droit de chanter, pensant qu’ils chantent « faux » à tout jamais. « C’est vrai que c’est difficile de faire semblant quand on chante, souligne le P. Dumont. Un timide chantera toujours timidement. » Mais, en travaillant sur le corps, la respiration, l’attention au texte, des conversions peuvent aussi opérer, parfois de manière inattendue. « Pour certains, en travaillant le chant, c’est leur personnalité qui s’ouvre à leur réalité profonde. On dégage son vrai moi. Une expérience extraordinaire »

On comprend alors sans doute mieux le succès des télécrochets sur les chaines de télévision où petits et grands rêvent de trouver leur « voix » et ainsi d’être reconnus par le plus grand nombre. Mais chanter un air de Francis Cabrel ou de Beyoncé relève-t-il de la même expérience qu’entonner un chant d’Église ? Pour la foi chrétienne, souligne Paul Craipeau, l’actuel président d’Ancoli. Chanteur et musicien de longue date, le chant chrétien ne doit pas se couper de l’expérience musicale ordinaire du monde actuel, mais il s’ouvre avant tout à l’enracinement intérieur des personnes. « Ainsi, les membres d’une chorale répétant les chants d’une célébration à venir sont déjà en mouvement vers elle : ce rendez- vous liturgique les habite et éclaire ainsi leur existence quotidienne. » Sans oublier l’expérience du choriste au sein de l’assemblée priante : « La concentration et la souplesse que demande le chant façonnent profondément notre manière d’être chrétien. Tout comme le respect des temps de silence et l’attention aux attitudes corporelles des uns et des autres. »

 

L’expérience de la vie spirituelle

Dynamisme vital et non simple exercice corporel, « le chant nous pousse à sortir du monde des idées pour nous plonger dans une expérience charnelle de la vie spirituelle, explique le P. Dumont. Ainsi, par exemple, en chantant, le corps retrouve la mémoire car on oublie beaucoup moins ce qu’on a chanté. » D’où l’importance, pour les assemblées chrétiennes, selon Paul Craipeau, de ne pas changer trop souvent de chants pour permettre ce travail de mémorisation collective. « C’est d’autant plus important que beaucoup de fidèles ont aujourd’hui des pratiques très irrégulières. » « J’ai écrit moi-même des chants pour le temps de Noël, témoigne encore le P. Dumont. Mais quand je me retrouve à la messe de minuit, c’est d’abord Peuple fidèle et Les anges dans nos campagnes que je veux entendre. Cette mémoire commune d’un peuple est essentielle pour s’enraciner. Je l’expérimente quand je visite le centre médical voisin, accueillant des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Dès qu’on chante un cantique de Noel, leur mémoire charnelle revient en surface. C’est étonnant. »

Cette mémoire charnelle, le chant grégorien avait su l’honorer pendant des siècles. « Car c’est un chant qui vient des tripes grâce à son système de « modes » musicaux qui permettent d’évoquer tous les états d’âme dans la prière liturgique. » Mais ce qu’on chante aujourd’hui dans les églises est-il à la hauteur de cette expérience fondatrice ? « La question n’est pas déjuger ce qui a été fait. Mais lorsque la liturgie chrétienne a basculé dans la langue vernaculaire (parlée seulement par une communauté en général réduite, NDLR), il a bien fallu trouver des moyens pour répondre à ce défi. C’est ce qu’ont tenté de nombreux compositeurs, de Jo Akepsimas à Joseph Gelineau et tant d’autres. » Avec une belle attention au monde qui a porté ses fruits : « Dans tous les baptêmes, mariages et enterrements, des gens continuent de vouloir chanter Trouver dans ma vie ta présence. Ce n’est quand même pas pour rien, non ? »

C’est aussi dans ces années que les groupes de prières charismatiques ont apporté leur pierre. Par le renouveau du chant de louange, par exemple, mais aussi par l’expérience, souvent déroutante du chant « en langues », intuitif et libre, fait de mélopées spontanées. « Mais il n’a fait que prendre le relais de ce que nous savions déjà avec le chant grégorien, explique le P.Dumont. Celle d’une mélodie modale très charnelle. Et je constate que beaucoup de ceux qui vivent cette expérience sont aussi ceux qui ont plaisir à revenir au chant liturgique. On les retrouve alors aussi dans les célébrations des vêpres et de l’eucharistie, dont ils comprennent mieux alors la dynamique propre. »

Chanter, est-ce « prier deux fois », comme le dit la sentence attribuée à saint Augustin ? « Sans aucun doute, confirme Paul Craipeau. Mais à condition de prier au moins une fois, comme me le rappelait un ami prêtre.» «Je conseille toujours aux familles que je connais et qui ont des enfants de chanter ensemble, raconte le P. Dumont. Car le chant nous tient en communion les uns les autres et avec la communauté locale. Contrairement à un enregistrement, chanter soi-même sa foi fait toujours jaillir du neuf dans nos vies. »

 

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