Chantal Roy, de la peur de l’islam au dialogue

Dans son numéro spécial Réparer la France, le journal La Croix publie le témoignage de Chantal Roy, membre de la Communauté de l’Emmanuel. Traumatisée par les attentats, elle a dépassé sa méfiance pour dialoguer avec les musulmans.

Il y a encore un an, Chantal Roy faisait des cauchemars dans lesquels elle se voyait attaquée par des terroristes islamistes. Membre de la communauté de l’Emmanuel, elle a pourtant accepté de se former au dialogue avec les musulmans, tout en se refusant à l’angélisme.

© Matthieu Rosier

Évreux (Eure).
Assise parmi un musulman d’origine kabyle, un prêtre lazariste, un couple catholique et une musulmane de Djibouti, Chantal Roy ne perd rien des échanges qui fusent autour d’elle dans une salle du centre diocésain d’Évreux. Deux soirées par mois, cette dynamique sexagénaire participe avec son mari Dominique à des rencontres islamo-chrétiennes. Quand vient son tour de parler, elle se lance sans détour.

« Pendant longtemps, je vivais dans l’ignorance, j’étais même raciste sans le savoir, raconte-t-elle à ses interlocuteurs, dont certains viennent pour la première fois. Je ne supportais pas la vue d’une femme voilée. Après les attentats de Paris en 2015, j’ai commencé à faire des cauchemars terribles où j’étais moi-même attaquée. Or, en juin 2016, la communauté de l’Emmanuel (dont Chantal et Dominique sont membres depuis dix ans, NDLR) nous a justement proposé une formation au dialogue avec les musulmans. J’ai alors compris que c’est à cela que Dieu nous appelle. En fait, pendant toutes ces années, mon cœur s’y était en quelque sorte préparé, presque malgré moi. »

Car si les attentats de Daech ont agi pour Chantal comme un déclic, cela faisait longtemps qu’elle côtoyait des musulmans dans ses divers engagements : quinze ans de bénévolat dans une association d’insertion en Normandie, puis deux ans de mission Fidesco à Madagascar avec son mari. Mais, à l’époque, la méfiance l’emportait. « Tout me déplaisait dans l’islam, reconnaît-elle. Le voile, le comportement des musulmans… J’ai été élevée dans la peur qu’ils prennent le dessus sur les catholiques. » Jusqu’à cet « appel » au dialogue, en juin 2016, auquel le couple a répondu positivement à la fin de l’été.

Depuis, la communauté de l’Emmanuel leur délivre un enseignement théorique qui leur apprend à être plus « humbles face à la complexité de l’islam » : les Roy avancent pas à pas dans la lecture du Coran et la découverte de la théologie musulmane. Dans un cahier, Chantal recense par exemple les différences de sens que revêtent, pour chrétiens et musulmans, des mots comme prière, paradis ou miséricorde.

À cette formation dispensée par l’Emmanuel s’ajoutent les rencontres bimensuelles du diocèse d’Évreux. « Les deux sont complémentaires, car plus je découvre cette religion sur le plan théorique, plus je me sens disponible à mes frères et sœurs musulmans », avance Chantal. C’est au cours de ces réunions diocésaines qu’elle rencontre Samar, une Franco-Syrienne qu’elle voit aussi désormais en dehors des réunions. Chantal admire cette musulmane pour la foi qu’elle « lit dans ses yeux » et pour ses fermes prises de position contre l’islam radical.

Même si ses cauchemars ont cessé, Chantal ne perd pas pour autant de vue cet islam-là. « Notre formation ne doit pas nous endormir : l’islam n’est pas un monde de Bisounours et le Père Hamel a bien été assassiné, non loin d’ici », rappelle-t-elle gravement. Mais, peu à peu, certaines peurs tombent. « Dans la rue, je ne vois plus seulement des voiles mais des visages. J’ai compris récemment que les musulmans sont aussi des bien-aimés du Seigneur. »

Cet engagement n’a pas été sans conséquences sur la vie sociale des Roy : certains amis catholiques ont du mal à les comprendre. Mais d’autres se rendent aux soirées ciné-débat interreligieuses que le couple organise dans sa grande maison du Vexin normand. Dans l’intimité d’une cave transformée pour l’occasion en salle de cinéma, ces catholiques font connaissance avec des Français d’origine ivoirienne, syrienne ou algérienne. « Ce ne sont pas les musulmans qu’on nous montre à la télé ! », entend souvent Chantal de la part de ses invités chrétiens à l’issue de ces rencontres.

Le couple s’est tout à fait reconnu dans le discours prononcé par le pape François à l’université Al-Azhar du Caire fin avril : découvrir l’autre dans le respect de sa différence, sans pour autant renier sa propre identité. « Plutôt que de déplorer l’état de la société, je préfère essayer de transformer mon propre cœur », résume Chantal.
Mélinée Le Priol


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