À Paray-le-Monial, une halte pour des divorcés remariés

Article paru dans La Croix du 29 juillet

Propositions phares de la communauté de l’Emmanuel, les sessions de Paray-le-Monial fêtent cette année leurs 40 ans. Au fil des années, des parcours se sont ouverts pour des publics spécifiques, comme les divorcés remariés.

Dans la petite chapelle, ils sont trois prêtres en aube blanche et étole violette, agenouillés au pied de la croix ou du tabernacle. L’une après l’autre, une trentaine de personnes, de 30 à 65 ans, viennent se confier. Ce n’est pas une confession : divorcés remariés, ils ne peuvent recevoir l’absolution. Mais rien n’empêche les prêtres de les écouter. « Ils viennent déposer ce qu’ils veulent, leurs colères, leurs blessures, les pardons qu’ils n’arrivent pas à donner », explique Jean-Paul et Danielle Dallen, responsables de ce parcours pour les divorcés remariés au sein des sessions d’été de la communauté de l’Emmanuel.

« Certains arrivent blessés, car des prêtres leur ont même refusé une simple bénédiction quand ils arrivaient, bras croisés sur la poitrine, au moment de la communion », regrette Danielle Dallen. La veille, lors d’un temps d’accueil, le P. Christophe Aubanelle, prêtre à Aix-en-Provence et accompagnateur de ce parcours, leur a donné une longue accolade. « Tu es le fils bien-aimé du Père », a-t-il rappelé à chacun, pour souligner qu’ils ne sont ni excommuniés ni mis hors de l’Église, comme beaucoup le croient souvent.

« En recherche d’une parole claire »

«  La plupart se focalisent sur le fait de ne pouvoir recevoir la communion. Nous essayons de leur montrer que Dieu ne se limite pas à ce sacrement, qu’il peut agir au dehors », explique Danielle Dallen, pour qui la trentaine de participants est d’abord « en recherche d’une parole claire ». Pas toujours facile quand, au détour d’une lecture, le mot « adultère » vient sur la table ou que, dans l’évangile, Jésus lui-même insiste auprès de la Samaritaine pour lui dire : « Celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. » Ce jour-là, en effet, les participants sont invités à relire leur première union. « Tant que ce lien n’a pas été reconnu comme invalide par l’Église, il existe toujours, leur rappelle le P. Aubanelle. Et cette situation dure : c’est pour cela que vous n’avez pas accès à l’eucharistie ni à l’absolution. »

« Des émotions refoulées remontent à la surface »

Pour manifester que cette union existe toujours, le parcours, qui fait beaucoup appel aux symboles, leur propose de noter sur un carton leur nom et celui de leur premier conjoint et de le déposer au pied du Saint-Sacrement. Dans la chapelle, il faudra une bonne dizaine de minutes avant que les premiers osent ce geste. Les visages sont fermés, tendus. Quelques larmes, chez certains. De la révolte, chez d’autres qui partiront précipitamment. « Beaucoup  d’émotions refoulées remontent à la surface », témoigne Thomas (1) qui dit avoir pourtant « fait le deuil » de son premier mariage religieux, il y a quinze ans : « Un mariage qui n’en était pas un. C’est pour Valérie que c’est plus difficile ». « Je ne pensais pas que cela me ferait un tel effet », reconnaît, la main sur la gorge, celle qu’il a épousée civilement en secondes noces, en 2010. Elle qui s’était peu à peu éloignée de l’Église était revenue à une pratique au moment du baptême de leur fils. Mais sans pouvoir communier ni se marier à l’église : « Je n’ai pas choisi de vivre cela, j’ai l’impression d’être punie. »

« Il y a des choses, enfouies depuis longtemps, qui remontent au fur et à mesure », raconte Elsa, pour qui avoir quitté son mari, même avec « des tas de bonnes raisons », demeure « une blessure profonde ». « Hier, en mettant le papier devant le Saint-Sacrement, j’ai eu vraiment l’impression de le laisser à sa nouvelle vie, sa nouvelle femme, son nouvel enfant. Je crois que les blessures vont pouvoir cicatriser sans que cela interfère sur notre nouveau couple. », ajoute Elsa, qui s’est installée avec son nouveau compagnon cinq jours avant la session. Pour ce dernier, toujours en plein conflit avec son ex-femme, la situation est plus douloureuse. Ses enfants ne lui parlent plus depuis deux ans. « J’espère le déclic qui me permettra de débloquer les choses, confie-t-il. Ça pourra être à l’adoration, dans le refrain d’un chant ou le sourire d’Elsa. »

« Il est possible de redémarrer »

Les échanges en petits groupes sont aussi l’occasion d’un apaisement. « Ça a été vraiment dur, hier. Mais aujourd’hui, je n’ai pas ressenti de résistance », confie Jean-Jacques, touché quand, le lendemain, les prêtres ont lavé les pieds de chaque participant.

Divorcés eux aussi, Henri et Claire de Rubercy se sont rencontrés à Paray-le-Monial il y a dix ans, lors du parcours pour parents seuls. L’année suivante, ils venaient ensemble à la session pour les divorcés remariés. « Nous avions cette espérance que nous n’allions pas passer toute notre vie dans cette situation compliquée, qu’il était possible de redémarrer », raconte Henri. Au retour, il a lancé la procédure pour faire reconnaître par l’Église l’invalidité de son premier mariage, ce que Claire avait déjà obtenu de son côté. Ils se sont mariés il y a cinq ans. « Nous étions venus chercher du réconfort, nous avons trouvé beaucoup plus. Cela nous a ouvert d’autres chemins », racontent-ils, un œil attentif sur leur fils de 4 ans qui court dans l’herbe.

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Quarante ans de sessions

Les sessions de Paray-le-Monial ont été créées en 1975 par Pierre Goursat (1914-1991), fondateur de la communauté de l’Emmanuel, avec le désir de partager l’« expérience de la vie chrétienne avec tous ».

Ouvertes à tous (grands-parents, couples, célibataires, enfants, jeunes), ces rencontres ont peu à peu développé des parcours spécifiques pour les couples en espérance d’enfants, les parents seuls, les divorcés remariés ou les personnes concernées par l’homosexualité.

Plus de 25 000 personnes sont attendues cet été, ce qui fait de Paray-le-Monial le second plus gros rassemblement chrétien de l’été après Lourdes.

Nicolas Senèze, à Paray-le-Monial

(1) À la demande des intéressés, certains prénoms ont été changés.

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