Patti Mansfield a participé au week-end du 17-18 février 1967 à l’université de Duquesne (USA), dirigée par la Congrégation du Saint-Esprit (Spiritains). Ce week-end est à l’origine du Renouveau charismatique catholique.

On me demande fréquemment si je ne me lasse pas de raconter l’histoire du Week-end de Duquesne. Cela ne m’arrive jamais, parce que c’est une histoire d’amour, l’histoire de la réponse pleine de grâce et extraordinaire de Dieu à la prière de quelques personnes très ordinaires.

Dans Luc 11, Jésus dit : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira… Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » Voici un principe infaillible : depuis la première Pentecôte, l’Esprit Saint est toujours venu en réponse à une prière fervente, à une prière qui a faim et soif de plus de la part de Dieu, à une prière qui demande, qui cherche et qui frappe. Dans mon livre Comme une nouvelle Pentecôte[1], je décris comment tout le vingtième siècle a été particulièrement consacré à l’Esprit Saint. La bienheureuse Elena Guerra, au tournant du vingtième siècle, a exhorté le pape Léon XIII à inviter l’Église tout entière à prier avec plus de ferveur l’Esprit Saint… À être, pour ainsi dire, un cénacle de prière permanente. Et vous vous souvenez, bien sûr, de la prière à l’Esprit que nous avons prononcée pour le concile Vatican II : « Esprit de Dieu, renouvelez de nos jours vos prodiges comme en une autre Pentecôte ».

Au printemps 1966, deux professeurs de l’Université Duquesne « demandaient, cherchaient et frappaient ». Ils s’étaient promis de prier tous les jours pour une plus grande effusion de l’Esprit Saint dans leur vie, en reprenant la belle séquence de la messe du jour de la Pentecôte (« Veni, Sancte Spiritus »). Au milieu de ce temps de prière, des amis leur donnèrent deux livres : La croix et le poignard[2] et Ils parlent en d’autres langues[3]. Ces deux livres décrivaient l’expérience du baptême dans l’Esprit Saint. Les hommes de Duquesne réalisèrent que ce baptême dans l’Esprit était précisément ce qu’ils cherchaient.

En janvier 1967, quatre catholiques de Duquesne participèrent à leur première rencontre de prière charismatique interconfessionnelle – la rencontre de Chapel Hill – au domicile de Mademoiselle Flo Dodge, une presbytérienne remplie de l’Esprit. Il est intéressant de noter que, quelques mois avant l’arrivée de ces catholiques, le Seigneur avait conduit Flo à lire Isaïe 48 où il annonce qu’il va faire « des choses nouvelles ».

En effet, Dieu allait faire des choses nouvelles parmi les catholiques, fruit de leur rencontre de prière. Les hommes de Duquesne furent impressionnés par ce dont ils avaient été les témoins là-bas. Le 20 janvier, deux d’entre eux y retournèrent. Ils reçurent le baptême dans l’Esprit Saint et commencèrent à manifester des dons charismatiques. Ils rentrèrent chez eux pour prier avec les deux autres qui n’étaient pas venus ce soir-là.

À cette époque, j’étais membre du groupe d’étude de l’Écriture Chi Rhô[4], qui se réunissait sur le campus de Duquesne. Deux de ces professeurs étaient modérateurs du Chi Rhô et, bien qu’ils ne nous aient rien dit clairement de leur expérience charismatique, ceux qui les connaissaient bien remarquèrent qu’émanait d’eux une nouvelle joie. Nous préparions notre retraite de février et les professeurs suggérèrent un nouveau thème : « L’Esprit Saint ». Pour préparer la retraite, ils nous dirent de prier dans l’attente, de lire La croix et le poignard, ainsi que les quatre premiers chapitres des Actes des apôtres.

Quelques jours avant la retraite, je me suis agenouillée dans ma chambre et j’ai prié : « Seigneur, je crois que j’ai déjà reçu ton Esprit au baptême et à la Confirmation. Mais s’il est possible que ton Esprit soit davantage à l’œuvre dans ma vie qu’il ne l’a été jusqu’à maintenant, je le veux ! » La réponse à ma prière n’allait pas se faire attendre.

Le 17 février, environ vingt-cinq d’entre nous partirent pour la maison de retraite The Ark and the Dove (l’Arche et la Colombe), à la périphérie de la ville. Lorsque nous nous rencontrions à chaque session, nos professeurs nous disaient de prier en chantant l’hymne ancienne Veni Creator Spiritus, « Viens, Esprit Créateur ». Le vendredi soir, il y eut une méditation sur Marie. Puis une cérémonie pénitentielle. Dans l’Évangile de Jean, nous avions lu que quand l’Esprit Saint viendrait, il « établirait la culpabilité du monde en matière de péché ». C’est ce qui s’est produit parmi nous lorsque nous nous sommes repentis dans le sacrement de la réconciliation.

Le samedi, une femme qui était membre du groupe de prière de Chapel Hill vint parler du chapitre 2 des Actes. Tout ce qu’on nous avait dit d’elle était que c’était une amie protestante de nos professeurs. Sa présentation était très simple, mais elle était pleine de puissance spirituelle. Elle parla de s’abandonner à Jésus, notre Seigneur et Maître. Elle décrivit l’Esprit Saint comme une personne qui la fortifiait chaque jour. C’était quelqu’un qui semblait réellement connaître Jésus intimement et personnellement ! Elle connaissait, comme les apôtres, la puissance du Saint Esprit. Je savais que je voulais ce qu’elle avait et j’écrivis dans mes notes : « Jésus, sois réel pour moi ! »

Dans la discussion qui suivit son intervention, David Mangan proposa que nous terminions notre retraite en renouvelant notre Confirmation. Que nous, jeunes adultes, disions notre « oui » personnel à l’Esprit Saint. Je le pris par le bras en lui disant : « Même si personne d’autre ne veut le faire, je veux le faire ». Puis je déchirai une feuille de papier sur laquelle j’écrivis : « Je veux un miracle ! » et je le collai sur le tableau d’affichage.

Samedi soir, il était prévu, pour quelques-uns des membres, de fêter un anniversaire, mais il y avait des absents dans le groupe. Je déambulai jusqu’à la chapelle à l’étage, non pour prier mais pour dire aux étudiants qui étaient là de descendre pour la fête. Toutefois, en entrant et en m’agenouillant en présence de Jésus dans le Saint-Sacrement, je me mis littéralement à trembler avec un sentiment de stupeur devant sa majesté. Je sus de manière irrésistible qu’il était le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. Je pensai : « Tu ferais bien de sortir d’ici rapidement avant qu’il ne t’arrive quelque chose… » Mais, dominant ma crainte, il y avait un bien plus grand désir de m’abandonner inconditionnellement à Dieu.

Je priai : « Père, je te donne ma vie. Quoi que tu me demandes, je l’accepte. Et si cela signifie la souffrance, je l’accepte aussi. Apprends-moi seulement à suivre Jésus et à aimer comme il aime. » Aussitôt après, je me suis retrouvée à plat ventre, le visage contre le sol et inondée d’une expérience de l’amour miséricordieux de Dieu, un amour totalement immérité, mais donné sans mesure. Oui, ce qu’écrit saint Paul est vrai : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint. » J’en avais perdu mes chaussures ! J’étais bien sur une terre sainte. C’était comme si j’avais voulu mourir pour être avec Dieu. La prière de saint Augustin résume mon expérience : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi. »

J’aurais aimé savourer sa présence, mais je sus que si moi, qui ne suis pas quelqu’un d’extraordinaire, je pouvais faire ainsi l’expérience de l’amour de Dieu, n’importe qui sur la terre le pouvait aussi.

Je descendis en courant dire au chapelain ce qui s’était passé et il dit que David Mangan s’était trouvé dans la chapelle avant moi et avait rencontré la présence de Dieu de la même manière. Deux filles me dirent que mon visage rayonnait et voulurent savoir ce qui s’était passé. Je n’étais pas suffisamment familière avec l’Écriture pour connaître ce passage de la deuxième épitre aux Corinthiens qui décrit Moïse dont le visage resplendissait, alors qu’il descendait de la montagne. Saint Paul écrit : « Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande » (2 Corinthiens 3, 18). J’emmenai ces deux étudiantes dans la chapelle et je me mis à prier : « Seigneur, ce que tu viens de faire pour moi, fais-le pour elles ! » Ce fut probablement le séminaire sur la vie dans l’Esprit le plus court de l’histoire !

Dans l’heure qui suivit, Dieu attira souverainement un grand nombre d’étudiants dans la chapelle. Certains riaient, d’autres pleuraient. Certains priaient en langues, d’autres (comme moi) eurent une sensation de brûlure qui courait le long de leurs mains. Un des professeurs s’exclama : « Que va dire l’évêque quand il entendra dire que tous ces jeunes ont été baptisés dans l’Esprit Saint ! » Oui, il y avait une fête d’anniversaire cette nuit-là, Dieu l’avait prévue dans la chapelle de la chambre haute. C’était la naissance du Renouveau charismatique catholique !

À notre retour sur le campus, nous fîmes sensation. Un ami me dit : « Patti, si je ne te connaissais pas aussi bien, je dirais que tu es ivre ! » Comme les apôtres après la Pentecôte, nous ne pouvions pas nous empêcher de parler de ce que nous avions vu et entendu. Nous étions littéralement tombés dans les dons charismatiques tels que la prophétie, le discernement des esprits et la guérison. L’un de nos professeurs témoigna auprès de ses amis à l’Université Notre Dame et à celle de Michigan State en ces mots : « Je n’ai plus besoin de croire en la Pentecôte. Je l’ai vue ! » Au cours de ces quarante dernières années, la grâce de cette nouvelle Pentecôte s’est répandue d’une poignée d’étudiants au Week-end de Duquesne jusqu’à des millions de catholiques dans le monde. Pourquoi ? Parce que Dieu est déterminé à envoyer son Esprit pour renouveler la face de la terre !

Le cardinal Suenens

Le mot de la fin : dans sa préface de mon livre, Comme une nouvelle Pentecôte, le cardinal Suenens a écrit que « Jésus-Christ continue de naître mystiquement de l’Esprit Saint et de Marie » et que nous ne devons jamais séparer ce que Dieu a uni. Si, dans le Renouveau, nous voulons proclamer Jésus au monde, nous avons besoin de l’Esprit Saint et nous avons besoin de Marie, notre Mère. De même que Marie était au Cénacle à la Pentecôte, elle est avec nous chaque fois que nous retournons au Cénacle. Si seulement nous l’accueillons comme notre Mère, comme le fit Jean, le disciple bien-aimé, elle nous enseignera comment nous abandonner à la volonté du Père, comment être fidèle à Jésus jusqu’à la Croix, comment prier d’un cœur humble, pur et docile pour recevoir davantage l’Esprit Saint, comment être une seule famille. Elle est l’Épouse de l’Esprit Saint et elle sait mieux que personne comment consentir à lui. C’est pourquoi, en écho au Magnificat de Marie, je veux proclamer que « Dieu, le Puissant, a fait pour nous de grandes choses et saint est son nom ! ». Amen.

Patti Mansfield[5]

[1] Patti Gallagher Mansfield, Comme une nouvelle Pentecôte. Le renouveau charismatique, courant de grâce dans l’Église catholique, Nouan-le-Fuzelier, Éd. des Béatitudes, 2016.

[2] David Wilkerson, La croix et le poignard, Nîmes, Éd. Vida, 1994.

[3] John L. Sherill, Ils parlent en d’autres langues, Éd Jura-Réveil, 1974.

[4] Ce sont les deux premières lettres grecques du mot Christ.

[5] Ce témoignage a été spécialement écrit par Patti Mansfield pour Recevez l’Esprit Saint aux Éditions Emmanuel.

 

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