A la Pentecôte, les apôtres se mettent subitement à exercer les charismes : parler en toutes langues, enseigner, prophétiser… Un charisme, qu’est-ce au juste, et pourquoi Dieu les donne-t-il ?

Les charismes, donnés pour le bien de l’Église

L’action de l’Esprit Saint à la Pentecôte est particulièrement spectaculaire. Le bruit est tellement fort qu’une foule se rassemble. Les apôtres parlent et chaque auditeur les comprend dans sa propre langue. Il leur est donné de parler en d’autres langues, comme cela arrive dans la vie des saints, et aujourd’hui encore – même si c’est exceptionnel – dans l’expérience du Renouveau charismatique.

Quoi qu’il en soit, les apôtres parlent et tout le monde les comprend, signe que l’Église est appelée à parler toutes les langues de la terre pour pouvoir rejoindre chacun dans sa culture, par-delà toutes les barrières.

Pierre peut aussi interpréter l’Écriture en voyant l’événement de la Pentecôte. Il enseigne qu’il s’agit d’un accomplissement de la prophétie de Joël qui annonçait la venue du Saint Esprit sur toute chair (cf. Actes 2, 16). À son tour, il prophétise, c’est-à-dire qu’il parle au nom de Dieu en disant ce qui se passe.

Voilà des exemples – le parler en langue, la prédication, l’interprétation, la prophétie – de ce que saint Paul appelle les charismes et qu’il définit de la manière suivante : « À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun » (1 Corinthiens 12, 7). En d’autres termes, contrairement aux vertus théologales ou aux sept dons de l’Esprit (voir p. 208-210), les charismes ne sont pas d’abord donnés aux personnes pour leur sanctification personnelle ou leur bien spirituel, mais pour le bien commun, c’est-à-dire le bien de l’Église et de la mission. Comme le souligne le pape François, ils sont donnés à « l’Église qui évangélise » : « L’Esprit Saint enrichit toute l’Église qui évangélise […] par divers charismes. Ce sont des dons pour renouveler et édifier l’Église[1]. »

On l’a compris, les charismes sont donc donnés pour construire l’Église et pour évangéliser. Ceci implique une condition qui peut parfois passer inaperçue ou être oubliée : vouloir servir le bien de l’Église, c’est-à-dire avoir le souci des âmes, comme le faisait saint Dominique, par exemple. Si nous restons calfeutrés chez nous, si nous n’avons pas le désir d’évangéliser, l’Esprit Saint ne nous donnera pas ses charismes… car cela ne servirait à rien ! Les charismes ne s’exercent pas en chambre, en circuit fermé. Mais si nous sortons, si nous nous mettons à annoncer la Bonne Nouvelle, à en témoigner par nos actes et nos paroles, alors nous expérimenterons la présence de l’Esprit Saint et de ses dons nombreux et multiformes.

Les charismes dans la vie ordinaire

Celui qui désire se mettre au service du Seigneur a de nombreuses occasions d’exercer les charismes dans la vie de tous les jours. Certaines personnes, par exemple, ont un charisme d’accueil : quelles que soient les circonstances, elles savent trouver le mot et l’attitude justes pour accueillir les autres, en particulier ceux qui en ont besoin. D’autres ont un véritable charisme d’écoute et sont capables de donner le bon conseil au bon moment. On peut aller ainsi à l’infini !

L’Esprit Saint utilise les dons de chacun pour faire grandir son Église, parfois sans que la personne ne se rende compte qu’elle exerce un charisme. Ce n’est qu’après qu’elle peut éventuellement découvrir qu’il s’est passé quelque chose de spécial et que l’Esprit Saint est passé à travers elle dans l’exercice de son service. Tous les chrétiens, par la grâce de leur baptême, sont ou devraient être charismatiques, même sans en avoir conscience, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Saint Jean-Paul II a fait une liste – non exhaustive – de ces dons à travers lesquels l’Esprit Saint passe habituellement pour construire son Église :

« Dans toute communauté, il existe des dons extrêmement nombreux et divers […]. Il y a ceux qui sont capables de donner des idées et ceux qui sont capables de les approfondir par la réflexion solitaire et ensuite partagée. Il y a ceux qui sont des organisateurs nés et ceux qui sont de précieux et parfaits exécutants. Il y a ceux qui possèdent une expérience de vie chrétienne et une sagesse remarquable pour participer à la préparation des sacrements et ceux qui sont capables de contribuer à l’animation du culte liturgique. Il y a ceux qui font ou pourraient faire merveille au plan de l’éveil religieux des petits et ceux qui ont le don de rencontrer spirituellement et d’entraîner les adolescents. Il y a ceux qui ont la grâce de conduire des groupes de prière et ceux qui sauront mettre en route des loisirs d’inspiration chrétienne. Il y a ceux qui ont la capacité de penser et de faire avancer des problèmes de société et d’y déposer un levain évangélique et ceux qui sont des diffuseurs efficaces ou même des rédacteurs de presse chrétienne… L’apôtre Paul – avec l’ardeur et le génie apostolique qui étaient siens – aurait été heureux de vous stimuler à la redécouverte et à la mise en œuvre de tous les dons existants déjà ou seulement en puissance dans la vie de vos chrétiens…[2] »

Parfois, ces charismes s’appuient sur des dons naturels, mais ils ne s’y réduisent pas. Par exemple, le charisme d’accueil va souvent avec des qualités de bonhommie naturelle, mais il apporte la délicatesse et une véritable présence de Dieu ; le charisme d’écoute va avec une disponibilité de cœur, mais il inclut aussi souvent le juste conseil, simple et sobre, adapté à la situation, etc. Nous voyons donc que les charismes ne se réduisent pas aux dons naturels. Ainsi, l’animation du chant à la paroisse ou dans un groupe de prière peut s’appuyer parfois sur un certain talent pour la musique, mais pas seulement ; être musicien ne suffit pas. Avoir un charisme de chant, c’est, en animant les chants, permettre à tous de prier ou de louer, ce qui est différent d’une simple compétence technique. En réalité, dans les charismes, c’est l’Esprit Saint qui se sert de l’instrument que nous sommes pour jouer sa mélodie. Il y a même des personnes qui ont un charisme de chant et qui ne savent pas lire la musique ! Un autre signe montre qu’il s’agit vraiment de charismes : ils construisent l’unité.

D’autres charismes sont donnés spécialement quand on se réunit pour prier ou louer ensemble. Ou encore dans l’évangélisation directe. Pour y voir clair, nous allons énumérer certains de ces charismes et donner quelques conseils pour les exercer de manière ajustée.

Les charismes dans la prière

Ces charismes sont eux aussi très nombreux car l’Esprit Saint ne manque jamais d’imagination ! Saint Paul en cite quelques-uns dans la Première lettre aux Corinthiens (1 Co 12, 8). Voici la description de certains d’entre eux.

Le parler et le chant en langues

Saint Paul l’évoque : « Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes, mais à Dieu : il dit en esprit des choses mystérieuses […] Celui qui parle en langues s’édifie lui-même » (1 Co 14, 2-4). Le chant en langues est le seul charisme qui soit surtout au service de celui qui l’exerce. Il est extrêmement répandu. Il n’a jamais cessé d’exister dans l’Église, comme en témoignent certains textes de saint Augustin.

Quand notre cœur est en prière, quand nous louons, il arrive un moment où nos paroles sont comme impuissantes à dire ce que nous voulons dire à Dieu. L’Esprit nous fait alors balbutier des syllabes qui servent à exprimer la réalité de notre prière.

C’est l’Esprit qui donne de prier en langues (bien souvent après l’effusion de l’Esprit), mais c’est aussi nous qui prions ou qui chantons en langues. Si je n’ouvre pas la bouche, si je ne commence pas à parler ou à chanter, il ne se passera rien. L’Esprit Saint ne s’empare pas de nous par effraction : il se joint à notre esprit, il respecte notre nature et notre liberté.

« La première fois que j’ai vu et entendu un chant en langues, j’ai été très étonné. Comment l’Esprit Saint pouvait-il inspirer cela ? Je pensais que les personnes qui chantaient devaient ressentir une sorte de prise de possession de l’Esprit et que c’était plus fort qu’elles. Quand j’ai reçu l’effusion de l’Esprit, j’attendais de sentir cette force en moi, de la sentir physiquement. J’attendais de sentir bouillonner dans ma bouche les syllabes inspirées par l’Esprit. Mais je n’ai rien senti. Grâce aux frères, j’ai compris que le don de l’Esprit n’annihilait pas ma liberté. Si j’avais le désir de chanter en langues, je devais non seulement ouvrir la bouche mais prononcer des syllabes. J’ai compris que ces syllabes, c’était bien moi qui les prononçais et pas un autre en moi. Alors je me suis jeté à l’eau dans un acte de foi. N’avais-je pas reçu l’Esprit Saint ? Donc quand les frères autour de moi se sont mis à chanter, je les ai accompagnés. Mon chant n’était pas terrible : c’était du genre “mu-mu, ba-ba…” Mais ce fut comme un déblocage spirituel. Aujourd’hui, je prie en langues tous les jours, dans la louange, mais aussi dans mon temps de prière personnelle. » (Marie)

Le fruit de cette prière en langues semble être une ouverture de notre cœur profond à Dieu, une écoute plus profonde de sa parole (souvent, dans une assemblée de prière, un chant en langues collectif est suivi par un profond silence).

Plus rarement, il arrive qu’une personne dise dans une langue qu’elle ignore une parole qui signifie vraiment quelque chose2. Ainsi, un jour, au sein d’une assemblée de prière charismatique, une personne avait dit en arabe (langue qu’elle ignorait totalement) la phrase suivante : « Dieu, mon seul espoir. » Cette phrase avait été comprise par un Jordanien, présent ce soir-là, qui en fut profondément touché. C’est là ce qu’on appelle un charisme extraordinaire, car il dépasse manifestement les capacités humaines.

Les charismes de parole

Une personne peut se sentir poussée dans la prière à donner une parole venant de l’Esprit Saint. On distingue couramment :

La prophétie. Il ne s’agit pas de prédire l’avenir. Prophétiser, c’est parler au nom de Dieu, souvent de manière toute simple et toujours conforme à la Parole de Dieu donnée dans l’Écriture et la Tradition (sinon il s’agirait d’une fausse prophétie). On reconnaît ce charisme aux effets qu’il produit : les personnes qui entendent cette parole sont encouragées, consolées, vivifiées et ont davantage envie de se convertir et de suivre le Seigneur.

L’image. Il s’agit là d’une autre manière qu’a le Seigneur de parler. Les image sont souvent interprétées. Elles nécessitent d’être vérifiées avant d’être données, car elles surviennent souvent à la manière d’une distraction chez celui ou celle qui la reçoit (et peuvent parfois n’être que des distractions !)

Dans une louange communautaire ou une assemblée de prière charismatique, certaines personnes reçoivent parfois des textes de l’Écriture en ouvrant leur Bible « au hasard ». Lorsqu’une personne reçoit souvent de cette manière des paroles qui touchent et construisent l’assemblée, on parle d’un charisme de texte[3].

L’Écriture est toujours à révérer particulièrement. Si on lit à voix haute une parole de l’Écriture, il ne faut donc pas s’empresser de la commenter en disant : « Le Seigneur nous dit ceci ou cela… » En effet, ce genre de commentaire peut empêcher l’écoute de ce que cette parole nous dit vraiment. À l’inverse, il est évident qu’il faut montrer du discernement dans ce qu’on lit. Il faut aussi éviter d’accumuler trop de textes reçus dans la prière. Chaque texte doit être discerné et, s’il est lu, il faut se donner le temps de l’écouter en faisant suivre sa lecture d’un temps de silence. Tout n’est pas bon à lire dans n’importe quel contexte. Si vous tombez sur un texte de malédictions, ne vous empressez pas de le lire au pauvre frère pour lequel on est en train de prier parce qu’il est en grande difficulté !…

L’exercice de ce charisme peut sembler un peu dérisoire aux esprits rationalistes. L’expérience montre cependant qu’il est tout à fait pertinent (lorsqu’il est vérifié) : bien souvent, les paroles reçues arrivent à point nommé et, de plus, sont cohérentes les unes avec les autres. Seule l’expérience peut montrer qu’il s’agit d’un réel charisme.

L’exhortation. Certaines personnes reçoivent un don spécial pour exhorter les autres : à telle attitude spirituelle, à une plus grande conversion, à la prière… On reconnaît ce charisme au fait que ceux qui l’entendent sont saisis du désir de répondre à cette exhortation pour avancer davantage vers le Seigneur.

Des charismes de guérison

Nous abordons ici un sujet plus délicat. Faisons une première constatation : quand Jésus envoie ses apôtres annoncer l’Évangile, il les envoie faire des guérisons. Dans les Actes des Apôtres, nous voyons Philippe opérer de nombreuses guérisons. On peut donner plusieurs sens à cette réalité. Par exemple, on peut y voir désignée la réalité des sacrements qui opèrent des guérisons en l’homme.

L’expérience prouve aussi que, quand on se rassemble pour dire au Seigneur : « Celui que tu aimes est malade, guéris-le dans ta bonté », le Seigneur opère des guérisons, physiques et (ou) intérieures. Mais il ne guérit pas toujours, et nous ne saurons qu’au ciel pourquoi il a guéri telle personne et pas telle autre.

Le charisme de guérison est le plus souvent un charisme communautaire, à de rares exceptions près. Heureusement, car il peut être lourd à porter pour ceux qui l’exercent !

Lors d’assemblées de prière pour les malades, l’Esprit Saint fait parfois connaître à telle ou telle personne la guérison qu’il est en train d’opérer. Cette personne est alors invitée à donner à l’assemblée une parole de connaissance, c’est-à-dire une parole qui fait connaître la guérison que le Seigneur est en train d’opérer. Il va sans dire que ces charismes sont à discerner. Le meilleur moyen, c’est de vérifier que ces paroles sont suivies d’effets, et que ces effets perdurent. Si tel n’est pas le cas, les personnes qui croyaient avoir ce charisme doivent cesser de donner ce genre de paroles.

Le charisme de discernement

Certaines personnes reçoivent apparemment peu de charismes, mais on s’aperçoit qu’elles ont en fait reçu un charisme de discernement. Ce charisme est souvent l’apanage des responsables (c’est normalement pour cela qu’ils ont été nommés responsables), mais pas seulement. Ce charisme doit être exercé avec charité, car il faut beaucoup de charité pour encourager ses frères, les confirmer, et parfois aussi les corriger. À ces responsables, l’apôtre dit : « N’éteignez pas l’Esprit, vérifiez tout, ce qui est bon, retenez-le ! » (cf. 1 Thessaloniciens 5, 19).

Rappelons que tous les charismes sont soumis au discernement de l’Église à travers ses pasteurs.

Les charismes dans la mission

Il faut mentionner aussi les charismes qui se déploient dans l’évangélisation directe. On peut recevoir le charisme d’interpeller (en douceur) les gens : poser juste la bonne question, savoir dire les mots qui touchent, donner une parole qui va parfois transformer la vie de quelqu’un. On reconnaît ce charisme aux fruits qu’il produit. Les personnes sont touchées lors de ces rencontres.

Au cours d’une mission paroissiale, Julie, est chargée d’accueillir les personnes qui désirent entrer dans l’église. Une maman et sa petite fille se présentent. Elle les invite à venir devant le Saint-Sacrement qui est exposé sur le maître-autel et de prendre une Parole de Dieu sur un petit papier. C’est la petite fille qui prend le papier la première et elle y lit : « N’aie pas peur, je suis avec toi, je te protégerai… » La maman interpelle Julie : « Qu’est-ce que cette parole peut bien apporter à ma fille ? » Julie ne sait que répondre. Que faire ? Elle reçoit l’inspiration de prier l’Esprit Saint pour qu’il vienne au secours de sa faiblesse. Elle le fait intérieurement et brusquement il lui vient l’idée que peut-être la petite fille a peur du noir. Elle s’adresse à elle : « Le soir, quand tu dois aller au lit, n’as-tu pas peur du noir ? » La petite fille acquiesce. Sur le visage de la maman se lit une émotion intense. « Tu vois, continue Julie, chaque soir, quand tu iras te coucher, tu te souviendras de cette parole que le Seigneur te donne aujourd’hui : aie confiance, il va t’aider à ne plus avoir peur du noir… Il va te protéger, tu n’as plus rien à craindre. » La maman se met à pleurer. L’enfant faisait chaque soir une terrible scène au moment d’aller au lit. Elle avait une telle phobie du noir qu’elle rendait la vie de toute sa famille impossible… Ce jour-là, Julie a fait une expérience charismatique toute simple : en s’abandonnant à l’Esprit Saint, il lui a inspiré les mots qui convenaient sans qu’elle ait la moindre idée de la situation des personnes auxquelles elle s’adressait !

En situation d’évangélisation directe, certains vont sentir quel est le bon texte de l’Écriture à lire, ou bien vont recevoir un charisme d’exhortation.

Enfin, précisons que l’Église a élargi encore bien davantage sa vision des charismes. Par exemple, elle dit que la vie consacrée est un « charisme » dans la mesure où elle aide les baptisés à tendre vers le but qui est la vie éternelle. On parle aussi des communautés comme de « charismes » pour l’Église : par l’appel spécifique qu’elles ont reçu, elles contribuent à édifier toute l’Église et à servir sa mission.

Comment exercer les charismes ?

Comme nous l’avons vu, les charismes sont une manifestation de l’Esprit en vue du bien commun. Cette manifestation est gratuite : Dieu agit quand Il le veut, comme Il le veut, par l’intermédiaire de qui Il veut. Reste que nous pouvons nous disposer à exercer les charismes, nous rendre disponibles pour cela. C’est d’ailleurs une des dimensions de la demande de l’effusion de l’Esprit : nous nous offrons au Seigneur pour qu’Il agisse à travers nous comme Il le désire.

Il est aussi souhaitable de développer plusieurs attitudes intérieures :

  • Vouloir œuvrer en vue du bien commun de la communauté, de l’Église, le bien de ceux que nous rencontrons, puisque les charismes sont au service du bien commun. Cela suppose un esprit de communion, un engagement au service de l’unité et de l’amour, un renoncement à tout esprit de division qui serait volontaire.
  • Prendre l’habitude d’écouter Dieu dans la prière. L’Esprit Saint est discret : il se donne à entendre dans la brise légère. Comment pourrions-nous entrer dans une docilité habituelle à l’Esprit Saint si nous ne développons pas une réelle vie de prière ?
  • Croire que Dieu veut agir dans le concret de notre vie et de celle des autres. Cette attitude de foi est très importante.
  • En même temps, nous rappeler que Dieu passe par notre liberté. Dieu donne gratuitement les charismes, mais il n’agit pas sans nous. Si nous recevons une parole de la part du Seigneur et que nous ne la disons pas, il n’y aura aucun fruit.
  • Se rappeler que nul n’est propriétaire d’un charisme. Le Seigneur le donne quand il y en a besoin, selon les circonstances. Il peut aussi le reprendre si les besoins n’existent plus.

Plus concrètement, comment faire ?

  • Si dans notre cœur ou notre esprit, il nous semble recevoir une parole intérieure, une image persistante, un texte de l’Écriture, vérifions d’abord que ce n’est pas loufoque – on ne dit pas n’importe quoi –, puis demandons au Seigneur si nous devons le dire, si c’est pour le bien des autres.
  • S’il nous semble que oui, et si nous sommes avec d’autres – et non dans une rencontre seul à seul avec quelqu’un, dans un train par exemple – nous pouvons soumettre cette parole au discernement des personnes qui sont avec nous.
  • Si ces personnes nous confirment et nous encouragent à parler, lançons-nous ! De même, si nous sommes seuls et que nous sommes convaincus qu’un charisme nous est donné, n’ayons pas peur de parler. Cela nous demande de l’audace et de l’humilité, parce que nous nous exposons.
  • Après nous être lancés, remettons-nous humblement dans les mains du Seigneur. Rappelons-nous que nous ne sommes que des instruments à son service.
  • N’hésitons pas à demander aux responsables de nous confirmer (ou non) dans ce charisme, en nous souvenant que l’exercice des charismes est soumis au discernement. Comme nous l’avons vu, c’est aux fruits qu’on reconnaît la valeur et l’authenticité des charismes.
  • Pour les autres charismes, appuyons-nous aussi sur le discernement des autres pour nous lancer (par exemple pour donner un enseignement, pour animer les chants…). Et nous verrons les fruits pour les autres (et pour nous).

La voie d’excellence : la charité

Saint Paul aborde longuement la question des charismes dans le chapitre 12 de sa première lettre aux Corinthiens. Il explique ce qu’ils sont et en donne des exemples. Il consacre ensuite toute la fin du chapitre à parler de la communion qui vient de l’Esprit Saint et qui unifie le Corps tout entier. L’Esprit qui suscite la diversité des charismes est aussi celui qui rassemble dans la communion et l’harmonie : « L’Esprit Saint, apparemment, semble créer du désordre dans l’Église, parce qu’il apporte la diversité des charismes, des dons ; mais tout cela, au contraire, sous son action, est une grande richesse, parce que l’Esprit Saint est l’Esprit d’unité, qui ne signifie pas uniformité, mais ramène le tout à l’harmonie. Dans l’Église, c’est l’Esprit Saint qui la fait, l’harmonie. » Cette communion et cette harmonie trouvent leur source dans l’Esprit parce qu’il est feu d’amour et de charité. C’est pourquoi, pour conclure son discours sur les charismes, saint Paul nous propose une voie royale qui surpasse toutes les autres :

Aspirez aux dons supérieurs. Et je vais encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes.

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit.

Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.

Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais. » (1 Co 12, 31-13, 8)

L’exercice des charismes s’enracine dans la charité et la miséricorde. C’est au moment où le Christ est ému de compassion par les foules qu’il les enseigne longuement et qu’il guérit les malades. Il en est de même pour nous, à notre petite mesure : si nous vivons la charité et la compassion vis-à-vis de nos frères en intercédant pour eux, le Seigneur nous donnera d’exercer les charismes. Aussi, si les charismes ne sont pas un signe de sainteté, les exercer peut nous introduire dans un vrai chemin de sainteté car cela nous conduit au don de nous-mêmes, à l’exercice de la foi, à l’audace apostolique, à la docilité aux motions de l’Esprit Saint, et, finalement et avant tout, à l’amour de nos frères.

En définitive, ce qui demeurera, ce qui fait la réalité ultime de toutes choses, c’est l’Amour, car Dieu est Amour. L’Esprit Saint, qui anime chacun des baptisés et qui est l’âme de l’Église tout entière, est un Esprit d’Amour qui communique l’Amour. C’est pourquoi l’Amour est le critère ultime de la vérité et de l’authenticité des charismes.

[1] Evangelii gaudium, n. 130. Cf. aussi Concile œcuménique Vatican II , Constitution dogmatique Lumen gentium sur l’Église, n. 12.

[2] Jean-Paul II, Discours aux évêques de Belgique en visite ad limina, 18 septembre 1982 ; cité dans Je suis au milieu d’eux. L’exercice des charismes, coll. « Il est vivant ! », Paris, Éd. de l’Emmanuel, 1993, p.154-155.

[3] Ce charisme peut être aussi utilisé – avec discernement – dans notre prière personnelle.


Pour aller plus loin :

Voir aussi, l’encyclique Iuvenescit Ecclesia sur la relation entre les dons hiérarchiques et charismatiques pour la vie et la mission de l’Église.

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