Dans les assemblées de prière, s’élève parfois un mélodie inintelligible et étonnamment harmonieuse. On appelle cela le chant en langues. Est-ce une création un peu déjantée des charismatiques ou est-ce un vrai don de l’Esprit ? Explications.

Hé bien non, le chant en langues n’est pas une invention du Renouveau Charismatique. Saint Paul l’évoque aux chapitres 12 et 14 de la première épître aux Corinthiens. « Celui qui parle en langues ne parle pas pour les hommes, mais pour Dieu : personne ne comprend, car, sous l’effet de l’inspiration, il dit des choses mystérieuses » (1 Co 14, 2). Il dit même :  « Je souhaiterais que vous parliez tous en langues ». (1 Co 14, 5). Saint Augustin aussi évoque le chant en langues dans ses commentaires des Psaumes. Même s’il est évident que le chant en langues peut surprendre et poser question, il est tout aussi clair qu’il n’est pas une nouveauté dans la vie de l’Église.

De quoi s’agit-il vraiment ?

Le chant en langues est une réalité toute simple : quand notre cœur est en prière, il arrive un moment où nos paroles sont comme impuissantes à dire ce que nous voulons dire à Dieu. Regardez une personne qui vient de tomber amoureuse : son cœur est tellement débordant de joie qu’elle est capable de chantonner ou fredonner des airs toute la journée. Et cela n’arrive pas qu’aux jeunes amoureux ! Hé bien, il en est de même avec Dieu. Écoutons ce qu’en disait Saint Augustin :

« Rassure-toi. Dieu t’indique la manière de chanter. Ne t’occupe pas de chercher les mots comme si tu pouvais mettre en forme une musique capable de plaire à Dieu. Contente-toi de jubiler. Bien chanter devant Dieu, c’est jubiler. Mais qu’est-ce à dire ? C’est renoncer à comprendre, renoncer à dire avec des mots ce qui se chante dans le cœur. Voyez ceux qui chantent, moissonneurs, vendangeurs ou autres : leur joie s’allume d’abord aux paroles des chansons, mais bientôt elle les envahit, et des paroles seraient impuissantes à la déployer encore, alors ils laissent mots et syllabes et l’on n’entend plus que leur jubilation. Musique sans parole parce que le cœur veut mettre au jour ce qui ne peut se dire. Tu ne peux dire ce qu’il est et tu ne dois pas non plus garder le silence, alors que faire sinon jubiler, ouvrir son cœur à une joie qui n’aura plus à chercher de mots, dilater sa joie immensément bien au-delà des bornes des syllabes ? » (Commentaire du Psaume 32)

« Celui qui est dans la jubilation ne prononce pas de paroles ; sa joie se fait entendre sans qu’il s’y mêle des mots ; c’est le chant d’une âme que la joie inonde et qui, comme elle, peut extérioriser ses sentiments sans arriver à former des phrases. L’homme qui est dans la joie à partir des mots qui ne peuvent déjà plus ni se dire ni se comprendre, passe à une sorte de cri où le bonheur jaillit sans paroles. » (Commentaire sur le Psaume 99)

Est-ce un chant inspiré par Dieu ou non ?

Toute prière est un don de Dieu, et toute prière est aussi une décision de notre part. L’Esprit Saint ne s’empare pas de nous par effraction : il se joint à notre esprit, il respecte notre nature et notre liberté. Si je n’ouvre pas la bouche, si je ne commence pas à parler ou à chanter, il ne se passera rien. Pour chanter en langues, on peut parfois se sentir poussés, comme pris par une force qu’on ne peut contenir. Mais le plus souvent, il faut tout simplement se décider et se lancer. Pierre Goursat, fondateur de la communauté de l’Emmanuel, faisait faire parfois des petits exercices pour se lancer à chanter en langues comme une chorale fait des exercices pour se mettre en voix. Évidemment, chacun est libre de « prier en langues » ou non, mais c’est un don qui est offert à tous.

Comme toute prière qui sort sincèrement de notre cœur, le chant en langues est suscité et habité par l’Esprit de Dieu. Saint Paul nous dit : « Nul ne peut dire Jésus est Seigneur, si cela ne lui est donné par l’Esprit Saint ! » (1 co 12, 3) ou encore : « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. » (Romains 8, 26). Pour autant, comme pour toute prière, il peut y avoir une manière de vivre le chant en langues qui n’est pas habitée car trop automatique. C’est une vigilance à avoir comme pour toute prière.

Et à quoi sert le chant en langues ?

Saint Paul dit : « Celui qui parle en langues s’édifie lui-même » (1 Co 14, 4). Le chant en langues est le seul charisme qui est avant tout au service de celui qui l’exerce. Le chant en langues fortifie la foi de celui qui le pratique. Il ouvre à une plus grande écoute de la Parole de Dieu et à une plus grande docilité à l’Esprit Saint. C’est aussi une arme puissante dans le combat spirituel.

Cela choquent certains qui ne comprennent pas ou trouvent cela ridicule. Parfois, ne vaudrait-il pas mieux éviter de chanter en langues ?

Dans certaines circonstances, c’est évident que chanter en langues n’est pas approprié. Il faut absolument relire le chapitre 14 de la première lettre aux Corinthiens. Saint Paul y dit des choses qui peuvent apparaître contradictoire au premier abord : « N’empêchez pas de parler en langues » mais aussi . En fait, il nous demande au bien produit par ce charisme et met en garde contre certaines mauvaises pratiques du chant en langues. Comme tout charisme, il n’est jamais un but en lui-même et demande du discernement. « Il faut que tout serve à construire l’Église. » (1 Co 14, 26). Tous les charismes doivent porter des fruits de charité, de foi, de paix et d’unité (cf les fruits de l’Esprit en galates 5, 22). Saint Paul rappelle qu’il faut penser au bien de ceux qui entendent ce chant. Dans certaines circonstances, le chant en langues édifiera non seulement celui qui chant mais aussi l’assemblée (en particulier si le chant en langues est suivi d’une parole ou d’une prophétie). Dans d’autres, on aura avantage à se taire. C’est en particulier le cas lorsque l’assistance ne connait pas du tout ce type de prière et qu’on a pas le temps de l’expliquer. « Toi, bien sûr, tu fais une belle action de grâce, mais ce n’est pas constructif pour l’autre. » (1 Co 14, 17). Bref, en conclusion, il suffit d »un peu de bon sens et de discernement.

Marie : « J’ai compris que le don de l’Esprit n’annihilait pas ma liberté. »

« La première fois que j’ai vu et entendu un chant en langues, j’ai été très étonnée. Comment l’Esprit Saint pouvait-il inspirer cela ? Je pensais que les personnes qui chantaient devaient ressentir une sorte de prise de possession de l’Esprit et que c’était plus fort qu’elles. Quand j’ai reçu l’effusion de l’Esprit, j’attendais de sentir cette force en moi, de la sentir physiquement. J’attendais de sentir bouillonner dans ma bouche les syllabes inspirées par l’Esprit. Mais je n’ai rien senti. J’ai compris que le don de l’Esprit n’annihilait pas ma liberté. Si j’avais le désir de chanter en langues, je devais non seulement ouvrir la bouche mais prononcer des syllabes. J’ai compris que ces syllabes, c’était bien moi qui les prononçais et pas un autre en moi. Alors je me suis jeté à l’eau dans un acte de foi. N’avais-je pas reçu l’Esprit Saint ? Donc quand d’autres autour de moi se sont mis à chanter, je les ai accompagnés. Mon chant n’était pas terrible : c’était du genre “mu-mu, ba-ba…” Mais ce fut comme un déblocage spirituel. Aujourd’hui, je prie en langues tous les jours, dans la louange, mais aussi dans mon temps de prière personnel. »

Extrait d’« Esprit Saint, viens ! », Il est Vivant, n° 139, décembre 1997, p. 22.

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