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Dans la petite chapelle cachée du Centro San Lorenzo, aux pieds de la Basilique Saint Pierre, se trouve l’un des plus beaux trésors de l'histoire de l’Eglise contemporaine ; la jeunesse l’a reçu des mains du Saint Père lui-même : deux morceaux de bois. Une simple croix sur laquelle on peut lire cette inscription : « Très chers jeunes, à la fin de l’Année Sainte, je vous confie le signe de cette Année Jubilaire: la Croix du Christ! Portez-la dans le monde comme signe de l’amour du Seigneur Jésus pour l’humanité, et annoncez à tous qu’il n’y a de salut et de rédemption que dans le Christ mort et ressuscité.» (Jean Paul II, 22 avril 1984). Depuis ce jour la Croix a voyagé dans le monde entier, et a changé la vie de toute une génération. De très nombreux jeunes ont été touchés par cette Croix en découvrant à travers elle tout l’amour du Christ, mort et ressuscité pour nous. Lors du 25ème anniversaire de la remise de cette croix, Benoît XVI s’est exprimé ainsi : « Chers amis, je vous confie à nouveau cette croix ! Continuez à la porter dans tous les coins de la terre, afin que les générations à venir découvrent aussi la miséricorde de Dieu et ravivent dans leurs cœurs l'espérance dans le Christ crucifié et ressuscité ! », (Benoît XVI, 22 Avril 2009)
Devant le drame des tremblements de terre d’avril dernier dans la région des Abruzzes et encouragés par les mots du Saint Père, nous avons eu le désir de porter la Croix dans ce lieu de souffrances, où des milliers de gens ont perdu tous leurs biens et plus de 300 personnes ont trouvé la mort.
Lors du week-end de la Pentecôte, avec une quinzaine de jeunes du Centro San Lorenzo, nous sommes alors partis porter la Croix à L'Aquila. Ne sachant pas vraiment ce qui nous attendait, mais convaincus de la grâce du Seigneur, l’ambiance était joyeuse. La veille du départ nous avions reçu une petite croix avec ces mots : « Recevez ce signe de l'amour du Christ et de notre foi. Prêchez le Christ, la force et la sagesse crucifiés de Dieu. » . Nous sommes donc partis de Rome avec la Croix (attachée sur le toit d’une voiture). Départ pour la mission !
Au fur et à mesure que nous nous approchions de la région sinistrée, le silence s’est installé dans nos cœurs. Autour de nous, murs écroulés, maisons détruites, pas une voiture, pas un chat dans les rues. L’Aquila est une ville où la vie s’est arrêtée. Même l’hôpital est partiellement détruit. La vie se déroule désormais entièrement sous des tentes. Cette dure réalité nous a profondément choqués, nous avons alors compris que notre mission n’était pas de conquérir les âmes par le Christ glorieux et ressuscité, mais d’être présents, tout simplement, avec la Mère de Dieu aux pieds de la Croix, et de prier avec humilité. Nous avons poursuivi notre mission dans ce nouvel état d’esprit.

Remise de la croix aux jeunes de L'Aquila devant la « Casa dello studente »
Nous sommes tout d’abord allés à la « Casa dello studente», où huit étudiants sont morts écrasés sous les ruines de la maison. L’émotion était très forte car la violence du tremblement de terre était visible et palpable... matelas, cahiers d’étudiants, vêtements s’accumulaient devant nous… Devant cette si grande souffrance nous ne pouvions que porter la croix avec les jeunes de l’Abruzzo.
La croix devant la chapelle dans un des premiers camps que nous avons visité.
Notre voyage nous a emmenés dans plusieurs camps, où nous avons vécu des expériences très différentes. A certains endroits, la Croix était bien accueillie, les gens chantaient et priaient avec nous. A d’autres, les relations étaient plus difficiles et la tension plus grande. Cela nous a fait comprendre que la douleur pouvait être telle, que tout reste incompréhensible. Nous avons été très touchés par la présence des prêtres dans ces camps. Une grande douleur se lisait sur leurs visages, mais dans leurs yeux fatigués se percevait également l’espérance. Bon nombres d'entre eux ont vraiment été touchés par la Croix qui a parcouru les camps et les petites chapelles. Plus d’une fois lors des homélies, on sentait la difficulté et la souffrance dans leur voix, certains ne pouvaient même plus parler.
Nous avons rencontré des personnes qui ont perdu leurs proches, leur maison, tout ce q’elles possédaient … Elles avaient peur de rentrer dans leur maison, peur de dormir, peur parce que le futur s’annonce terrifiant. Plus rien n’est sûr. Mais ces personnes ont voulu déposer toutes leurs angoisses au pied de la Croix et mettre leur espérance dans le Christ, mort pour nous, et ressuscité ! Nous avons été témoins de la puissance de la Croix et de la grande Espérance !
La visite de ces camps avec la Croix nous a permis de comprendre que le Seigneur est présent partout. Porter la Croix ce n'était pas un fardeau, c’était notre joie, notre dignité, notre vie. Jésus ne supprime pas la douleur, mais la transforme en une source d’espérance et en témoin de sa résurrection. Comme le Saint Père a dit pendant le dimanche des Rameaux : « Quand nous touchons la Croix, ou plutôt, quand nous la portons, nous touchons le mystère de Dieu, le mystère de Jésus-Christ. Le mystère de Dieu, qui a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique (cf. 3:16 de Jn). Nous touchons le mystère merveilleux de l'amour de Dieu, la seule vérité rédemptrice. Mais nous touchons également la loi fondamentale, la norme constitutive de nos vies, à savoir le fait que sans le « oui » à la croix, sans marcher en communion avec le Christ, jour après jour, la vie ne peut pas réussir. ». Cette mission reste pour nous un témoignage incroyable.
Leen Blauwen, Centro San Lorenzo, à Rome.
Le centro San Lorenzo est le centre du Vatican pour la jeunesse, il a été créé en 1983 par Jean-Paul II. Sa vocation est d’accueillir les jeunes pèlerins du monde entier, et cette mission est prise en charge par la Communauté de l’Emmanuel. Nous proposons des temps de prières, le témoignage de notre vie, des rencontres avec les jeunes de Rome et des personnes du Vatican. Le centre a été dès le début la« maison » de la Croix des JMJ.
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