Né
le 17 septembre 1926 à l’hôpital Rotschild de Paris, de parents
polonais tenant un magasin de bonneterie rue Simart (XVIIIe
arrondissement), Aaron Lustiger grandit à Montmartre. En 1939,
lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, les Lustiger mettent leurs
enfants, Aaron et Arlette, à l’abri, à Orléans. C’est en la cathédrale
de cette ville, le vendredi saint de 1940, qu’il est touché par la
grâce à l’âge de 14 ans. Baptisé le 25 août, Aaron devient Jean-Marie.
Arrêtée sur dénonciation, sa mère est déportée en 1942 à Auschwitz dont
elle ne reviendra pas, comme 30 à 40 personnes de sa famille
paternelle. De ce drame, il refuse de parler. "C’est le secret de mes
parents et le mien", a-t-il confié un jour.
L’homme de Dieu
À la Libération, Jean-Marie Lustiger entreprend des
études de lettres à la Sorbonne avant d’entrer au séminaire des Carmes,
rue de Vaugirard où il est ordonné prêtre la nuit de Pâques 1954.
Aumônier des étudiants à la Sorbonne pendant quinze ans, il sillonne le
quartier Latin à vélomoteur avant de se voir confier la paroisse de
Sainte-Jeanne-de-Chantal (XVIe). En décembre 1979, Jean Paul II le
nomme évêque du diocèse d’Orléans. « Pour moi, ce fut comme si tout à
coup les crucifix s’étaient mis à porter l’étoile jaune »,
déclarera-t-il.
Nommé archevêque de Paris le 31 janvier 1981, il succède au cardinal
Marty comme archevêque de Paris et comme Ordinaire des catholiques de
rite oriental en France. Il est créé cardinal – selon le terme consacré
– à Rome le 2 février 1983. Doué d’un fort esprit d’initiative, le
cardinal a su imprimer sa marque au diocèse de Paris, mettant notamment
l’accent sur la formation des prêtres, en installant huit communautés
de séminaristes dans les paroisses proches de Notre-Dame, mais aussi
sur celle des laïcs en créant l’École-cathédrale. Grand intellectuel,
il est élu à l’Académie française le 15 juin 1995, succédant au
cardinal Albert Decourtray (4e fauteuil). Il était aussi l’un des
cardinaux qui comptait au Vatican où il siégeait dans une demi-douzaine
de congrégations.
En 2002, sort « La Promesse », l’ouvrage qui semble être son testament
spirituel, une grande méditation sur le mystère d’Israël. Il y apparaît
de manière forte à quel point ses origines ont orienté le parcours
atypique de cet homme, héritier de l’Ancien et du Nouveau Testament.
« Cet homme est resté fidèle à son appartenance juive. Il n’a pas cessé
d’être juif. Sa conversion est pour lui un accomplissement », explique
Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes.
Les dernières années
Après 24 ans dans sa charge, Jean-Marie Lustiger cède
sa place en 2005 à Mgr André Vingt-Trois. Il s’installe alors dans la
maison de retraite des prêtres de Paris, avant d’être admis en avril
2006 à la maison médicale Jeanne-Garnier, un établissement parisien de
soins palliatifs. L’archevêque émérite de Paris fait son adieu à
l’Académie, le 31 mai dernier à l’occasion de l’élection de Max Gallo.
Venu en chaise roulante, il a, par ses mots et sa
présence fragile mais déterminée, fait vivre à la Coupole un des
moments les plus forts de son histoire, laissant les académiciens sans
voix. Il leur déclara : « Je ne suis pas venu pour vous
retrouver, je suis venu pour vous quitter. Vous ne me reverrez pas.
J’en suis triste, mais je sais que je ne cesserai pas de penser à vous.
Ici, je n’ai pas été très assidu, mais là où je serai, je vous donne
l’assurance de mes prières, ici et ailleurs. Quand je dis adieu, je dis
à Dieu, à vous, à tous. »