La Communauté de l’Emmanuel rassemble tous les états de vie. En particulier, elle compte 220 prêtres et plus de 100 séminaristes. Qu’est ce qui caractérise les prêtres de l’Emmanuel ?
On ne peut pas parler de la Communauté de l’Emmanuel sans faire référence au concile Vatican II. L’Église y est définie comme le « Peuple de Dieu », rassemblant tous les baptisés, appelés à la sainteté. La Communauté de l’Emmanuel est ainsi une association de fidèles du Christ de tous les états de vie. Pour définir le prêtre de la Communauté de l’Emmanuel, il faut partir de cette complémentarité entre les différents états de vie. En effet, notre fondateur Pierre Goursat - dont la cause de canonisation vient d’être ouverte - était convaincu de l’importance de la communion entre prêtres et laïcs, vivant dans l’adoration, la compassion et la soif d’évangéliser. Cet « être ensemble » est fondamental ; il est la source de la charité et de la joie. Le prêtre de l’Emmanuel est donc pleinement prêtre, incardiné dans un diocèse mais profondément uni à ses frères et sœurs pour vivre la mission. Nous sommes convaincus de l’importance de cette visibilité de prêtres et de laïcs missionnaires, témoignant ensemble de leur amour pour le Christ, authentifié par la charité fraternelle. Il me semble que ce mode de vie protège des excès et des dérives tels que le cléricalisme ou les revendications de pouvoir de part et d’autre.
Quels évènements et quelles actions ont marqué l’Année du sacerdoce dans la Communauté de l’Emmanuel ?
Dans cet esprit, nous avons voulu marquer l’Année du sacerdoce en y associant particulièrement les laïcs. Célébrer le sacerdoce n’est pas une affaire cléricale, mais cela concerne toute l’Église, donc tous les états de vies. Nous avons ainsi organisé à Rome en janvier dernier un colloque sur le thème : « Prêtres et laïcs dans la mission » dont les actes vont être prochainement publiés. Nous avons tenu aussi à ce que les membres de la communauté puissent se former sur la nature du sacerdoce et nous avons, entre autres, organisé des week-ends sur le thème « Familles et vocations ». Les prêtres de la Communauté de l’Emmanuel se sont rassemblés à San Giovanni Rotondo ; ils ont pu y découvrir ou redécouvrir la haute figure spirituelle que fut le Padre Pio, si passionné par le salut des hommes et des femmes de son temps. Enfin, j’ai participé moi-même, en tant que laïc, avec une délégation de prêtres de la communauté, à la clôture par le Saint-Père de l’Année sacerdotale à Rome, le 11 juin dernier. Ce fut un grand moment d’Église et de joie au milieu de ces 15 000 prêtres venus du monde entier. Mais je ne peux pas oublier la réalisation, au cours de l’Avent d’une série de vidéoclips diffusés sur internet et intitulés « Merci les prêtres ! », qui a eu un immense succès puisque certains ont été vus jusqu’à 80 000 fois.
Quelle est votre espérance en ces temps qui peuvent paraître difficiles ?
Cette Année sacerdotale fut riche, certes, mais elle fut aussi jalonnée d’épreuves pour l’Église qui a été amenée à faire la lumière sur des actes scandaleux. À cet égard, nous ne pouvons que rendre hommage au Saint-Père pour son courage au service de la vérité. Les prêtres du monde entier se sont trouvés dans une tourmente médiatique sans précédent. C’est pour cela que nous voulons exprimer toute notre gratitude et notre estime aux si nombreux prêtres que nous connaissons, que nous côtoyons au quotidien et qui sont des modèles édifiants de fidélité, des témoins authentiques de l’amour du Christ dans leur ministère. Notre espérance réside aussi dans la formation solide de nouvelles générations de prêtres et de séminaristes portés par un désir saisissant de sainteté. Peut-être certains chrétiens sont-ils tentés de prendre du recul ou de rejeter l’Église, d’autres à l’inverse sont tentés par le repli sur soi ou le rejet d’un monde qu’ils perçoivent comme mauvais. Mais ce n’est pas le bon chemin : nous devons aimer l’Église parce qu’elle est le Corps du Christ, et aimer le monde qui est le lieu où Dieu veut se donner par nos mains, notre travail, notre intelligence et notre cœur. Prêtres et laïcs, nous sommes appelés ensemble à être les témoins enthousiastes de cet amour infini de Dieu. Nous appuyant sur la Parole de Dieu, nous savons que les moments difficiles sont des temps favorables pour entrer dans l’espérance : « (…) sachant bien que la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l'espérance. » (Rm 5.) Oui, nous en avons la certitude : « (…) L'espérance ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint. » (Rm 5.) Pour souligner cela, je voudrais vous partager un texte prophétique du cardinal Journet qu’il écrivait en 1936 dans une revue de théologie : « Aux moments décisifs de son histoire, le Saint-Esprit viendra au secours de son Église par des voies exceptionnelles. Il suscitera en elle des miracles de force, de lumière, de pureté. Dans la hiérarchie ou dans le peuple fidèle, des hommes et des femmes se lèveront, ils auront pour annoncer leur message tant de netteté dans la voix, tant de sainteté dans le cœur, que le monde croira réentendre les Apôtres. Ils prophétiseront pour éclairer, à la lumière de la Révélation, le mouvement de leur époque et les besoins des hommes. En eux reparaîtront, sous une forme adaptée aux conditions nouvelles de l'Église, les grâces charismatiques qui furent données aux premiers chrétiens. »

Rencontre Internationale des prêtres Messe de clôture de l'Année sacerdotale place Saint Pierre à Rome
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