Un appel particulierPierre Goursat, fondateur de la Communauté de l’Emmanuel, avait une grande estime de la vie consacrée, qu’elle soit féminine ou masculine. Il s’était converti à dix-neuf ans et s’était alors posé la question du sacerdoce. Mais il avait compris que Dieu voulait de lui quelque chose de différent et, encouragé par le cardinal Suhard, archevêque de Paris, il s’était consacré dans le célibat en vue du Royaume des Cieux. Il n’appartenait à aucune congrégation religieuse, il restait un laïc vivant dans le monde, témoignant et agissant pour l’évangélisation de ce monde. L’engagement de Pierre était discret, il vivait chastement et pauvrement, comme un consacré, au milieu du monde. Son expérience de la consécration avait déjà trente ans quand la Communauté fut fondée en 1972. L’Emmanuel connut toute une évolution, parfaitement normale. Elle passa d’un groupe de prière à une communauté formelle dont les charismes apparurent et se développèrent ensuite rapidement. Dans cette communauté étaient réunis des jeunes, des plus vieux, des célibataires, des gens mariés. Quelques frères et sœurs ressentaient un appel à quelque chose de différent.
Donnés à Dieu entièrement dans le célibatPlusieurs garçons se posèrent la question du sacerdoce ou de la vie consacrée masculine. Des filles reçurent un appel à se donner à Dieu entièrement dans le célibat. Leur point commun était le désir de demeurer dans la Communauté, d’y servir le Seigneur et l’Église. Il aurait été facile aux garçons appelés au sacerdoce de créer un ordre religieux ou d’entrer dans le clergé diocésain ordinaire. De même aux filles de créer une congrégation féminine. Mais on sentait que Dieu ne désirait pas cela. Des responsables de l’Emmanuel avaient visité aux Etats-Unis les communautés créées depuis quelques années : des frères et sœurs laïcs consacrés en étaient membres. Cela pouvait exister aussi en France.
1981-2011Pierre Goursat recevait les membres de la Communauté, les écoutait, priait avec eux, discernait peu à peu ce que Dieu voulait. Mais il demeurait très discret et demandait la même discrétion à chacun pour sauvegarder la liberté des choix et aussi celle de l’Esprit Saint tant que les choses n’étaient pas évidentes. Arriva un moment où Pierre, avec ses proches collaborateurs, comprit que le moment était venu d’avancer. Le 2 janvier 1981, Pierre convoqua les personnes qui pensaient au sacerdoce et à la vie consacrée et leur proposa de faire une démarche d’engagement le lendemain, au milieu de leurs frères et sœurs rassemblés en retraite. C’est cette démarche que nous commémorons cette année.
Nous n’en sommes qu’au début...Quelques conclusions très générales : d’abord cet engagement a créé une situation irréversible. On n’est jamais revenu dessus. Il y a eu des recherches sur les questions de statut canonique, les modes de vie, la manière de s’habiller, mais les intuitions de fond sont demeurées. En second lieu, ces engagements ont produit, en des temps pourtant difficiles pour la foi, une véritable fécondité. Trente ans après, il y a plus de 220 prêtres, 20 frères consacrés, 170 sœurs, qui ont leur origine dans ces premiers dons du 3 janvier 1981. En troisième lieu, il y a non seulement fécondité quantitative, mais aussi fécondité spirituelle. Parmi les premières engagées, plusieurs, en particulier Sylvaine Marly, comme aussi des frères, séminaristes et des prêtres décédés, ont laissé derrière eux un sillage de lumière.
De tout cela on peut déduire que nous n’en sommes qu’au début. Trente ans c’est jeune : « On ne comprend guère le mot jeunesse avant trente ans », disait justement l’académicien Jean Dutourd.
Père Bernard Peyrous Recteur des Sanctuaires de Paray-le-Monial Prêtre de la Communauté de l’Emmanuel

Laurent Landete, modérateur de la Communauté de l'Emmanuel
entouré des célibataires consacrées.

Engagements définitifs dans le célibat pour le Royaume le 30 décembre 2010
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