Magouilles et compagnie – Cas de conscience au travail, comment réagir ?

Comment réagir aux cas de conscience au travail ? Entretien avec Myriam Terlinden, thérapeute de couples spécialisée en approche systémique. Elle a constaté depuis quelques années une augmentation des consultations où l’un des conjoints est confronté à de graves problèmes professionnels. Cette problématique nouvelle de la souffrance au travail s’est peu à peu invitée dans son cabinet, comme dans celui de nombre de ses collègues. Pour cette raison, elle publie en juin 2017 « Magouilles et compagnie » chez Qasar : une analyse rationnelle de ce problème et des pistes de réflexion pour s’en sortir.

Myriam, pourquoi écrivez-vous ce livre ?

Myriam Terlinden : Thérapeute de profession, je reçois des couples et des familles. Progressivement les souffrances liées à la vie professionnelle ont augmenté dans mes consultations : si les gens consultent d’abord pour des problèmes de couple, on remarque parfois que ces derniers viennent de ce que l’un des conjoints est confronté à des pratiques malhonnêtes dans son entreprise. Ne sachant pas très bien comment réagir, il vit un stress important qui finit par rejaillir à la maison. Les tensions au travail, (avec l’augmentation des burn-out, des dépressions…) deviennent un facteur de danger pour les familles. L’origine des tensions dans le couple peut donc parfois se trouver dans une vie professionnelle de mauvaise qualité.

Magouilles et compagnie a un double objectif. Il vise à aider les personnes qui souffrent de pratiques malhonnêtes dans leur entreprise, en leur montrant qu’il est possible de réagir. Évidemment, ça demande du courage et une prise de risque. Trop souvent, on se résigne, car la peur des conséquences est trop forte. Il vise aussi à responsabiliser les décideurs. Il est essentiel qu’ils se rappellent qu’on attend d’eux qu’ils soient performants et efficaces, certes, mais aussi qu’ils veillent au respect de grandes valeurs tels l’honnêteté et le respect, tant des clients que des équipes. Il est important de réveiller les consciences: nous sommes tous concernés par la Bien Commun: tant les décideurs que les exécutants. Nous avons tous à agir pour revenir à une société plus juste, qui ne se laisse pas gangréner par des pratiques malhonnêtes au prétexte de l’efficacité.

Quels sont les grands types de problèmes que couvre votre livre ?

M.T. : Dans la première partie, je donne des outils pour analyser ce qui se passe dans l’entreprise (programmes « secrets », manipulation, harcèlement.)… Ensuite,  je vois l’impact émotionnel chez les personnes concernées. Et pour terminer, je propose des pistes d’action.

Le problème le plus courant, c’est la politique de management qui ne vise que la rentabilité, l’efficacité, le profit maximum. L’employé n’est plus considéré comme une personne, mais comme une ressource, un outil parmi d’autres, un coût qui doit être le moins élevé possible.

Certaines politiques d’entreprise sont légales, même si pas forcément morales. Elles n’enfreignent pas une loi civile, mais une loi morale hors des prérogatives des tribunaux. Que faire ? D’autres sont nettement illicites. L’histoire des moteurs truqués chez Volkswagen en est un exemple frappant. Bien sûr, l’idée est probablement née dans la tête d’une personne. Seulement, il a fallu nombre de complicités pour mettre cette politique en œuvre. Est-ce que les informaticiens auraient pu refuser de faire un logiciel fraudeur ? Est-ce que les mécaniciens auraient pu refuser de mettre le logiciel dans la voiture ? Comment se sont senties les personnes qui ont dû mettre cette politique en œuvre : étaient-elles indifférentes ? Ont-elles eu des problèmes de conscience à participer à ce grand mensonge ? Se sont-elles dit « si c’est ce que le patron décide, ce n’est pas notre problème » ?  Et si elles n’étaient pas à l’aise avec cette fraude,  qu’auraient-elles pu faire ?

Toujours est-il que personne, au sein de l’entreprise, n’a réagi, ni dénoncé la fraude : c’est une organisation non gouvernementale qui a révélé le scandale.

 

« Travailler : pour qui ? pour quoi ? »

4 jours pour (re)donner du sens à son activité ? Le Forum Zachée a lieu du 25 au 28 mai 2017. Enseignements, partages, prière… Visant à unifier foi et action, ce forum peut aider ceux qui sont confrontés à des pratiques malhonnêtes au travail à retrouver une signification à leur activité professionnelle, et des critères de discernement dans la doctrine sociale de l’Église au travers d’une pédagogie concrète et accessible à tous.

Programme et intervenants

Dans quelle mesure la moralité au travail impacte-t-elle le psychologique ?

M.T. : Quand un travailleur n’est pas d’accord, en général il est licencié. Or pour celui qui a une famille, un emprunt, une maison à payer, prendre le risque de se faire mettre dehors est assez délicat. Il n’est pas sûr de retrouver un emploi. Le travailleur est coincé dans un conflit intérieur entre sa conscience et les impératifs du réel. Il se dit simultanément : « Je ne peux pas participer à ce que je réprouve » et : « C’est bien gentil d’avoir des belles valeurs morales, mais je risque de perdre ma place, et alors qu’en sera-t-il au niveau de ma responsabilité familiale ? »

L’impact psychologique est parfois aggravé par les proches. Les conjoints ne comprennent pas toujours ce conflit intérieur. Si certains encouragent l’autre à quitter l’entreprise, d’autres protestent : « tu ne peux pas mettre toute notre famille dans le pétrin, sous le prétexte que ton patron que tu ne connais même pas, a décidé de faire une fraude qui au fond ne te concerne pas. » Les proches peuvent donc aggraver le tiraillement personnel et entretenir une vraie crise morale.

A terme, le réveil et le changement des mœurs sont-ils possibles ?

M.T. : Le réveil est possible si les personnes s’autorisent à prendre du recul, à analyser objectivement ce qui se passe (sans se laisser embrouiller par tout l’aspect émotionnel de la situation) et s’autorisent aussi à prendre des risques, quitte à gagner moins. Je pose la question à un moment du livre : si je gagne moins d’argent, est-ce si grave ? Faut-il prioritairement maintenir son niveau salarial et sa posture sociale ? Les priorités ne sont-elles pas plutôt la qualité de la vie, notamment par un travail qui corresponde à ce que nous sommes vraiment ? C’est important de l’écrire car je constate chez nombre de mes clients que quand ils demandent conseil à leurs amis, les réactions sont plutôt du style: « T’es fou de bouger ! Combien tu risques de perdre ? Que va-t-il se passer si tu perds ton travail ? Que pensera-t-on de toi si tu es licencié ? » Sans s’en rendre compte, on réfléchit beaucoup en termes d’argent, de sécurité et d’image. Dans ce sens, mon livre peut peut-être aider à se poser les questions autrement.

La question de la sécurité financière est très importante aujourd’hui. A juste titre : on a besoin d’argent pour vivre, ne faisons pas semblant que nous sommes de purs esprits sans besoins matériels. Mais soyons lucides aussi : on se croit libre par rapport à l’argent, or ce n’est pas forcément le cas. Beaucoup ont l’impression que prendre un risque financier c’est mal, tellement la sécurité financière est devenue une priorité quasi inconsciente. Tant que le travail va bien on se dit, « mais non, moi ça m’intéresse pas les sous, je suis très engagé(e) dans ma paroisse, je participe à des belles œuvres sociales, c’est bien la preuve que l’argent n’est pas ma priorité. » Mais les choses se compliquent au moment où je dois me positionner et faire un choix qui va avoir des conséquences financières graves. C’est normal que ça fasse peur.

Une application pour le Parcours Zachée !

Le Parcours Zachée développe une application pour rendre ses enseignements plus accessibles, aider à la fidélité dans les exercices qu’il propose, mettre en lien et témoigner. Le parcours Zachée s’appuie sur la Doctrine sociale de l’Église qui promeut notamment un travail juste et qui a du sens.

Les fonctionnalités que l’application se propose de développer : trouver les parcours proches de chez soi, accéder aux points clés des enseignements et aux exercices du parcours, créer des rappels pour prendre un temps pour Dieu, échanger et se soutenir en groupe, témoigner des fruits du parcours dans notre vie.

Le parcours Zachée est une formation pour retrouver une cohérence entre sa vie quotidienne et sa vie de foi. Il s’appuie sur les enseignements de l’Église, sur des partages en petits groupes, sur des exercices simples et concrets, et sur des temps de prière et de louange. Il se vit à travers des rencontres régulières pendant quelques mois, au sein d’un groupe de croyants.

Il permet de trouver notre place dans le monde en développant un véritable « art de vivre chrétien ».

Est-ce qu’il y a quelque chose qu’il vous semble important d’ajouter sur votre livre ?

M.T. : Je pense qu’il faut aborder ces questions en demandant aussi une grâce du discernement ! La question du juste positionnement est difficile : qu’est-ce qui est de ma responsabilité et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Comment voir clair dans un conflit de valeurs ? Quel est mon devoir d’état ?

« Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. »

Il me semble aussi important de tirer aujourd’hui la sonnette d’alarme : est-ce que nous acceptons que nos sociétés perdent progressivement ces valeurs essentielles que sont l’honnêteté et la vérité ? Je suis amenée à me déplacer dans des pays en voie de développement. Dans certains se vit le drame de la corruption à grande échelle. Une fois que les dirigeants acceptent le mensonge, les manœuvres illégales, les passages en force, les abus de pouvoir, c’est toute la société qui trinque.

Davantage sur le thème du travail :

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