Retour sur la rencontre du pape François et du patriarche Kirill

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« J’ai senti la consolation de l’Esprit dans ce dialogue » : c’est ce qu’a déclaré le pape François lors de sa rencontre avec le patriarche Kirill, à Cuba, vendredi 12 février dernier. Interview du Père Dominique-Marie David, responsable des ministres ordonnés et des séminaristes de la Communauté de l’Emmanuel, également très investi dans les relations avec nos frères orthodoxes.

PereDominiqueMarieDavid> Quel est le sens de cet évènement ?

P. Dominique-Marie David : C’est d’abord un évènement historique, longtemps attendu et espéré, après plusieurs tentatives qui, jusqu’ici, n’avaient jamais pu aboutir malgré le désir des papes successifs. Aujourd’hui, plusieurs commentateurs en parlent comme d’un tabou qui a été levé, comme une étape dont on disait qu’elle était impossible car « jamais réalisée », mais qui finalement a bel et bien eu lieu. Tous se souviennent de la rencontre de 1964, entre Paul VI et le patriarche Athénagoras de Constantinople, mais jamais dans l’histoire on n’avait vu un tel tête à tête entre le Pape et le chef de l’Eglise russe, dont dépendent plus de 150 millions de fidèles dans le monde.

C’est aussi un beau signe d’unité fraternelle, un premier pas « à la rencontre de l’autre ». Le pape a déclaré à cette occasion « nous ne sommes pas concurrents mais frères ». Le dialogue de la charité n’est-il pas la première condition au dialogue de la vérité ? En tout cas, c’est bien la conviction du Saint-Père. Il est aussi clair et reconnu explicitement par les deux chefs d’Eglise que l’urgence de la situation des chrétiens au Moyen-Orient a favorisé l’accélération du processus. Ce sujet est en tout cas très présent dans leur déclaration commune. Cet aboutissement positif des projets de rencontre n’est-il pas comme un fruit mystérieux de l’offrande des martyrs d’Orient qui, toutes confessions confondues, ont souffert pour l’amour Du Christ ?

C’est encore pour nous une grande joie et un motif d’action de grâce, même si ce n’est qu’un premier pas : maintenant, rien n’empêche que François et Kirill se rencontrent à nouveau et que le chemin, désormais ouvert, se poursuive !

> Pourquoi cette rencontre a-t-elle eu lieu à Cuba ?

D’un point de vue pratique, c’est l’occasion du voyage simultané du pape au Mexique et du patriarche Kirill en Amérique Latine qui a permis cette rencontre totalement inédite à l’aéroport de la Havane. On connaissait aussi le désir de trouver un lieu plus « neutre » et moins marqué qu’une capitale européenne. Mais ne s’est-il pas révélé « providentiel » que cette rencontre se soit finalement déroulée en ce lieu ? Une île qui aurait pu provoquer le début d’une troisième guerre mondiale, au plus fort de la Guerre froide, est ainsi devenu un haut lieu symbolique de communion et de réconciliation. A tel point que le pape a remercié le président Raoul Castro d’avoir, par son hospitalité, fait de Cuba la « capitale de l’unité » !

> En quoi cela intéresse plus particulièrement la Communauté ?

Cette démarche du pape et du patriarche, d’aller à la rencontre l’un de l’autre, ne portera des fruits durables que si les fidèles de nos Eglises empruntent le même chemin et privilégient l’œcuménisme de la charité, sans forcément attendre que l’œcuménisme de la vérité ait porté tous ses fruits.

C’est donc un encouragement pour les membres de l’Emmanuel qui, depuis de très nombreuses années, ont tissé des relations fraternelles avec nos frères et sœurs orthodoxes – et d’autres confessions – , et l’on pense en particulier aux différentes activités, échanges et pèlerinages communs de ces dernières années réalisés régulièrement avec la paroisse orthodoxe de l’icône Notre Dame Feodorovskaïa (dite encore des « Nouveaux martyrs ») de Saint Pétersbourg.

Quel soutien pour poursuivre ce que nous pourrions appeler la pratique d’un œcuménisme « réceptif » ! Pour résumer il s’agit de passer de l’attitude : « je ne bouge pas et j’attends que tu viennes vers moi » à l’attitude : « nous allons l’un vers l’autre et nous prenons le temps de nous rencontrer, de nous écouter, de nous connaître, de découvrir nos richesses respectives, de prier ensemble et, pourquoi pas… de témoigner ensemble de l’amour du Christ, dans la puissance de l’Esprit Saint ! »

C’est enfin un encouragement à ce qu’à l’image de l’Eglise notre Communauté respire avec les deux poumons, l’occidental et l’oriental. Nous sommes attachés à l’unique Cœur du Christ, mais que faisons-nous des poumons ? Sommes-nous prêts à respirer à pleins poumons, à deux poumons ?

Après ce premier moment d’heureuse surprise et d’action de grâces ne nous habituons pas à cet acte de miséricorde que Dieu a permis à travers cette rencontre du pape François et du patriarche Kirill. En cette sainte année de la Miséricorde, restons au contraire éveillés et continuons à demander avec encore plus de détermination le don de l’unité entre chrétiens, de la communion entre nous et de la miséricorde pour tous.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Maillard

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